Manifeste pour une Union européenne réaliste

PHOTO MANIFESTE UE RÉALISTELe jour de la Fête de l’Europe approchant, il apparaît intéressant d’écrire un article d’opinion sur un sujet qui me semble important : le futur de l’Europe. Les perspectives ne sont pas plus réjouissantes qu’il y a deux ans, lorsque Julio et moi avons décidé de créer ce Blog pour faire entendre nos voix, celles de deux citoyens comme tant d’autres. Cela rend donc ce type de discours et d’initiative d’autant plus nécessaires car, comme nous le savons, le déficit démocratique au sein de l’Union européenne constitue l’un de ses plus grands défis actuels.

Cependant, cet article ne sera pas consacré au déficit démocratique au sein de l’UE mais aux fractures qui apparaissent entre les États membres de l’UE. Si vous connaissez un peu l’histoire de l’Europe, vous savez probablement que les élargissements successifs (de six à 28 pays) ont souvent eu pour motif la « transition vers la démocratie » dans ces pays. Ce fut notamment le cas des pays du centre et de l’est de l’UE via trois vagues d’intégration successives entre 2004 et 2013. Pour la plupart de ces pays, l’objectif était donc d’assurer la transition démocratique et de les rallier au camp occidental après la chute de l’URSS. Ces vagues d’adhésion promettaient d’améliorer le niveau de vie des populations dans ces pays grâce à diverses politiques de transferts de fonds des pays déjà membres de l’UE vers ces nouveaux adhérents, une sorte de politique de solidarité entre États membres. Cela a-t-il fonctionné ? Non, bien évidemment, car on ne devient pas un pays occidental en une décennie – à la fois au niveau des valeurs et du poids du PIB – et les deux camps se méconnaissaient – et se méconnaissent toujours relativement. S’ajoute maintenant à cela un sentiment nationaliste et anti-européen de plus en plus exacerbé dans ces pays.

Je fais partie de ces personnes qui défendaient l’adhésion de ces pays, et je continue malgré tout de penser qu’il s’agissait du chemin à suivre. Cependant, cela a largement contribué à changer la réalité de l’UE, et la machine n’est plus aussi efficace qu’auparavant. Une des raisons, bien sûr, tient au fait que les circuits de prises de décisions au sein des institutions européennes ont échoué à s’adapter à ces adhésions massives. Résultat : l’UE n’est pas parvenue à se positionner entres anciens et nouveaux membres, et se retrouve donc paralysée, les différences d’opinion entre ces pays et les anciens membres étant de fait très importantes. Il est effectivement difficile pour des pays culturellement différents et aux intérêts parfois fondamentalement opposés de s’entendre à l’unanimité sur des sujets sensibles, d’où les problèmes actuels : il est impossible de réformer les institutions puisque pour cela, il faut… un accord unanime qu’il est de fait presque impossible d’atteindre puisque les membres ne s’entendent pas.

Face à cette impasse, les négociations entre les États membres ont échoué. Pire : certains pays de l’est, comme la Hongrie et la Pologne, s’éloignent de plus en plus de l’UE par le biais de réformes de plus en plus anti-démocratiques contraires aux valeurs européennes auxquelles ces pays ont pourtant adhéré en rejoignant l’UE. Comme je l’ai dit, je fais partie des gens qui défendent l’adhésion de ces pays, mais je fais aussi partie de ces gens qui pensent qu’après un certain nombre d’avertissements, des sanctions plus sévères doivent être prises. Le déclenchement de l’Art. 7 du Traité sur l’UE en décembre 2017 à l’encontre de la Pologne prévoit la possibilité, à terme, de suspendre le droit de vote du pays au sein du Conseil de l’UE. Cependant, pour l’instant, rien de plus concret n’a été mis en place et, même si le pays a récemment fait quelques propositions pour contenter Bruxelles, il s’agit de propositions purement cosmétiques qui ne changent rien au fond du problème. Dans le cas de la Hongrie, Viktor Orbán vient d’être réélu à la tête du pays pour un quatrième mandat, à la suite d’une campagne menée sur le thème de l’anti-immigration. Parmi les mesures anti-démocratiques qu’il a mises en place durant ces dernières années, nous pouvons citer : la loi contraignant l’Université d’Europe centrale à quitter le pays et celle qui contraint les ONG financées par des donateurs étrangers à se déclarer comme « agents étrangers », le mur anti-immigration construit à la frontière avec la Serbie pour contrer l’afflux d’immigrants, la fermeture de divers médias d’opposition et le contrôle général exercé sur les médias restants du pays, et bien sûr la réforme constitutionnelle du pays octroyant plus de pouvoirs au Président et fragilisant l’équilibre des pouvoirs. La situation en République tchèque et en Slovaquie est également relativement préoccupante. Notons que ces quatre pays, ensemble, ont constitué une alliance au sein de l’UE, le groupe Visegrád – ce qui n’est évidemment pas un hasard. À noter ici que je ne tiens pas à juger ces politiques, mais simplement à souligner qu’elles sont incompatibles avec les valeurs européennes.

La Pologne comme la Hongrie doivent être sanctionnées plus durement. Certes, leurs décisions sont pour l’instant purement conjoncturelles puisqu’elles sont le fait de dirigeants en exercice, mais rien ne garantit un retour en arrière dans les années à venir car, comme dit auparavant, M. Orbán a par exemple été réélu à la tête de la Hongrie en 2018 : 16 ans au pouvoir, ce n’est plus vraiment de la conjoncture, c’est une approbation de la population. La suspension du droit de vote de ces deux pays au sein du Conseil de l’UE ne devrait pas être considérée comme un dernier recours mais comme une première étape pouvant, en dernier recours, déboucher sur une procédure de suspension temporaire, voire d’expulsion de l’UE et des Traités qui la régissent. Au contraire de certains aspects économiques, que certains pays comme le Royaume-Uni (et la Pologne et la République tchèque dans une moindre mesure, ce qu’il ne faut pas oublier) sont parvenus à partiellement négocier à la carte, les valeurs démocratiques de l’UE, elles, ne sont pas négociables et ces pays doivent maintenant être durement sanctionnés, le risque que chaque pays fasse ce qu’il veut et que l’UE perde toute consistance et autorité, et devienne ainsi complètement caduque, devenant de plus en plus réel. Il ne s’agit certes pas d’une décision à prendre à la légère, mais il est grand temps que de telles menaces soient publiquement brandies par l’UE car les sanctions actuelles ne sont tout simplement pas suffisantes.

Cela fait un certain temps que je réfléchis à ce que je viens d’écrire, sans pour autant avoir ressenti la nécessité de le coucher sur papier – ou écran d’ordinateur. L’évènement déclencheur va vous sembler plus ou moins grave, mais il s’agit d’une discussion initiée il y a quelques jours par la Roumanie, puis peu après reprise par la République tchèque, à savoir le possible déménagement de leurs ambassades respectives en Israël dans la ville de Jérusalem, à l’instar des États-Unis. Cela a constitué la goutte qui a fait déborder le vase. Au-delà de mon opinion personnelle sur les relations entre Israël et les Territoires palestiniens occupés, il me semble que de tels aspects diplomatiques – qui peuvent avoir de terribles répercussions tant les négociations entre Israël et la Palestine sont déjà au point mort sans avoir besoin d’en rajouter – devraient être débattus au sein de l’UE. Cela risque en effet de compromettre les efforts de paix entre les deux pays et ainsi de compromettre encore plus et de manière inutile la stabilité dans cette région du monde. Il me semble aberrant que les pays de l’UE puissent prendre de telles décisions de manière unilatérale. Certes, ils en ont tout le droit, mais ils ne semblent pas être conscients des conséquences potentielles. Par ailleurs, cela continue d’illustrer les nombreuses fractures entre pays de l’ouest et de l’est de l’UE, qui sont de plus en plus dangereuses pour le futur de l’UE, alors que l’UE prévoit que les États membres agissent de concert.

Le second évènement à cause duquel j’ai décidé d’écrire cet article concerne les futurs élargissements de l’UE. En effet, je souhaite exprimer ma vive opposition à ce projet. L’UE ne fonctionne plus, elle a besoin de réformes, et les dernières déclarations du Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, concernant de nouveaux futurs élargissements me font donc bondir : il a en effet proposé en février 2018 que la Serbie et le Monténégro adhèrent à l’UE aux alentours de 2025, et l’Albanie et la Macédoine à l’horizon 2030 – ces pays ayant actuellement le statut de candidats officiels à l’adhésion. L’UE est à l’heure actuelle incapable d’assimiler de nouveaux membres, elle est déjà bien incapable de fonctionner à 28, et faire de telles déclarations ressemble fort à un déni total de la gravité de la situation dans laquelle se trouve l’UE, à de l’inconscience ou à une faute professionnelle grave, au choix. Nous savons que les élites européennes – comme nationales – vivent très souvent en-dehors de la réalité qui est la leur, mais dans ce cas cela ressemble à de la stupidité déconcertante tant la situation de l’UE saute aux yeux.

En conséquence, je souhaite terminer sur mon opinion au sujet du futur de l’UE. La Commission européenne a présenté le 1er mars 2017 un livre blanc, dans lequel elle explique les divers scénarios qui pourraient s’appliquer au futur de l’UE. Ces scénarios sont au nombre de cinq : « s’inscrire dans la continuité », « rien d’autre que le marché unique », « ceux qui veulent plus font plus », « faire moins mais de manière plus efficace », et enfin « faire beaucoup plus ensemble ». Vous l’aurez compris au vu de cet article, « s’inscrire dans la continuité » me paraît aberrant, l’UE ne fonctionne pas actuellement. « Rien d’autre que le marché unique » correspond à ce qu’aurait voulu le Royaume-Uni avant le Brexit, or je ne veux pas d’une UE qui reposerait exclusivement sur des principes économiques et non humains. « Faire beaucoup plus ensemble » me semble complètement utopique tant l’UE ne fonctionne pas. Quant à « faire moins mais de manière plus efficace », il s’agit d’une formulation trop floue, cela pourrait correspondre à tout et n’importe quoi. Ainsi, le scénario qui me semble le plus approprié est : « ceux qui veulent plus font plus ». Cela reste dommage, je préfèrerais bien évidemment que nous avancions tous ensemble, mais au regard des évènements actuels, cela ne paraît plus envisageable. Cela est probablement aussi un peu égoïste, car cela signifie que certains pays dont les populations sont favorables à l’UE mais dont les dirigeants ne le sont pas ne pourraient pas avancer comme les autres, mais je préfère que ceux qui le souhaitent avancent plutôt qu’ils ne stagnent – voire qu’ils ne régressent – au nom de la solidarité avec des pays qui font le choix de ne pas être solidaires. Il me semble qu’il s’agit de l’unique scénario qui permettrait de contenter toutes les parties. Il ne s’agit certainement pas du scénario idéal, mais probablement du plus réaliste. Et une dose de réalisme est ce dont semble cruellement manquer l’UE, qui doit se montrer à la hauteur afin d’offrir des solutions à ses problèmes et à sa population, et montrer au Royaume-Uni qu’il a fait le mauvais choix en décidant de sortir.

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