Les stages non-rémunérés : le problème d’une génération

Actuellement, l’Union européenne mène une campagne Facebook sur les bienfaits des stages rémunérés au sein du Conseil de l’UE. Je dis « campagne », car tous les jours nous avons droit à la petite interview d’un ancien stagiaire qui a maintenant un super travail et qui vante les mérites de ces stages. Il ne s’agit pas de dénigrer le recours à ces stages bien rémunérés (aux alentours de 1100€/mois), qui constituent donc, selon le Conseil, de véritables atouts pour les individus qui les obtiennent. Au-delà de la propagande faite (on ne peut pas vraiment appeler ça autrement car c’est à la limite du harcèlement Facebook), il convient de rappeler que la plupart des stages de nos jours sont non-rémunérés. Et pour ces stages non-rémunérés, aucune propagande : cela en dit long sur l’UE, qui se garde bien de dire que pour chaque stage rémunéré dans ses institutions (comme elle est généreuse l’UE…), il y en a probablement trois qui ne le sont pas (… ah ben non en fait). Aujourd’hui, je voudrais ainsi aborder ce problème généralisé à niveau européen, et qui depuis un certain temps maintenant constitue une difficulté parfois insurmontable pour bon nombre de jeunes : les stages non-rémunérés.

Le stage est devenu quasiment obligatoire de nos jours, soit dans le cadre d’un cursus universitaire pour l’obtention d’un diplôme, soit de par le fait qu’aucune entreprise, organisation ou institution publique n’emploie une personne sans aucune expérience professionnelle. Le stage constituerait ainsi une condition sine qua none à l’entrée officielle dans la vie professionnelle, une sorte de passeport donc. Problème : ces expériences par nature déjà professionnelles (la période du stagiaire qui sert le café et fait les photocopies, si elle a déjà existé, est complètement révolue) ne sont souvent pas rémunérées du tout, et les stagiaires, souvent peu supervisés, effectuent quasiment l’équivalent du travail d’un employé. Travailler sans être payé : une forme d’esclavage moderne.

PHOTO_STAGES

Pire même : certains organismes proposent des stages non-rémunérés en indiquant dans les conditions des offres « expérience professionnelle exigée ». Le souci est qu’ « expérience professionnelle » peut aussi bien se rapporter à un ancien stage non-rémunéré qu’à un ancien emploi rémunéré, et que la personne avec le plus d’expérience sera ainsi prise : autant dire que l’individu avec une expérience préalable rémunérée, expérience pour laquelle un stage non-rémunéré était déjà exigé, obtiendra le sacro-saint nouveau stage non-rémunéré (super le Graal). Le problème de l’injustice, c’est qu’elle devient de plus en plus injuste : vous tendez une main, on vous prend le bras.

Des pays comme la France ont ainsi commencé à plancher sur le problème puisque la loi dans ce pays prévoit que les stages de plus de 309 heures réparties en deux mois (un peu compliqué quand même) doivent nécessairement être rémunérés. Bien évidemment, certaines entreprises peu scrupuleuses ont trouvé la parade en faisant enchaîner deux ou trois contrats de moins de deux mois/309 heures aux stagiaires, qui n’ont pas vraiment le choix d’accepter puisque les stages sont, comme nous l’avons dit, obligatoires. Cette pratique n’est évidemment pas franchement illégale, mais elle n’est pas franchement légale non plus. Par contre, elle est franchement amorale, et nous en revenons donc à notre problème des stages non-rémunérés (eh non, on n’échappe pas si facilement aux stages non-rémunérés). En outre, rien pour l’instant sur la limitation du nombre de stages effectués par une personne.

Bien sûr, les entreprises profitent doublement des stages non-rémunérés : elles embauchent beaucoup moins d’employés qu’avant puisqu’elles se reposent sur des stagiaires qui ont l’avantage de se taire, d’être ambitieux, de faire des heures supplémentaires non-rémunérées, d’avoir peur de faire valoir leurs droits, et de n’être pas encore complètement dégoûtés du système ; et d’un autre côté, la conséquence logique est que ces entreprises augmentent leurs marges et leurs chiffres d’affaires en exploitant les gens, tout cela dans la plus totale légalité.

Évidemment, cela contribue à entretenir notre précieux système d’élite et d’injustice sociale qui met en avant ce qui devrait constituer un adage : « riche est ta famille, riche tu resteras ; pauvre est ta famille, pauvre tu resteras », ou sa variante « sois riche, tais-toi et tout ira bien pour toi, même si tu es con ». En d’autres termes : mieux vaut être riche que pauvre (oui je sais, grande nouvelle). Et puis les plus aisés d’entre nous ne se battent pas pour que les stages soient rémunérés, bien au contraire, puisque cela leur enlève de la concurrence sur le marché par rapport à une personne potentiellement plus capable mais qui n’a aucune expérience professionnelle parce qu’elle n’aura pas eu au préalable les moyens d’offrir plusieurs fois ses services gratuitement pendant une période de temps prolongée. Pour l’égalité des chances (qui au passage est un principe fondamental inscrit dans la Convention des Droits de l’Homme), on repassera.

Tout le monde sait déjà que cela ne constitue un problème que pour ceux dont les parents ont de modestes revenus financiers – et ne parlons même pas des stages à l’étranger – mais où en est-on à Bruxelles, où sont installés les sièges de la grande majorité des entreprises et institutions ayant un rapport avec l’UE ? Que fait Bruxelles pour aider les jeunes, qui constituent rappelons-le le futur – et même déjà le présent – de l’Union européenne ?

La réponse tient en un mot : rien. L’UE s’en moque complètement. Et elle nous arnaque même, nous les jeunes, à double titre : non seulement on estime que la moitié des 8,000 stagiaires dans la ville de Bruxelles (4,000 donc) ne sont pas rémunérés, mais en plus les institutions de l’UE elles-mêmes (Commission, Conseil, Parlement, etc.) offrent chaque année sans aucun scrupule des centaines – voire des milliers – de stages non-rémunérés. Quand on sait par exemple que chacun des 751 Députés Européens gagne environs 14,000€/mois et que l’UE donne en plus à chacun de ces députés 22,000€/mois supplémentaires pour rémunérer ses employés, assistants personnels, stagiaires et autres Minions (en plus d’autres avantages, comme le remboursement des frais médicaux incluant… le viagra !), on se demande comment l’UE peut tolérer cela (à moins que leur coiffeur, à l’instar de celui de François Hollande, ne soit payé 10,000€/mois bien sûr) et où passe réellement cet argent – mais la corruption est un autre débat. Pourtant, cela ne semble pas gêner le moins du monde l’UE. Eh bien moi, cela me dérange. Cela me dérange que les stagiaires ne soient pas rémunérés, et cela me dérange que l’UE ne considère pas cela comme un problème et qu’elle entretienne ce système qui favorise les élites.

Personnellement, j’ai effectué un stage obligatoire de six mois au sein d’une institution européenne dans le cadre de mon cursus universitaire de Master, et je n’étais pas rémunéré. J’ai vécu grâce à une bourse d’études que j’ai complétée avec mes économies personnelles provenant de jobs étudiants des années précédentes (ramassage de pommes, vendanges, hôte de caisse) car non, je n’ai pas grandi dans une ville, ma mère n’est pas cadre dans une entreprise, aucun de mes parents n’a le baccalauréat, je n’ai pas étudié dans une école de commerce ou dans un institut politique, je ne voyageais pas à travers les États-Unis pendant mes vacances universitaires, et je n’avais pas de contacts pour obtenir des jobs étudiants intéressants et bien rémunérés. J’ai cependant été élevé avec de bonnes valeurs, et les valeurs cela ne s’achète pas (eh oui, on ne peut pas tout avoir dans la vie). J’ai également pleinement conscience d’avoir de la chance d’être français, un pays où les aides existent. Je me demande cependant comment fait un tchèque ou un slovaque qui se trouve dans une situation similaire.

Il y a bien depuis peu les bourses Erasmus pour effectuer un stage au sein d’un pays membre de l’UE, mais les critères à remplir pour en bénéficier sont complexes, il n’y a pas assez de bourses pour financer tous les stagiaires, et les montants restent dérisoires. Ceci ne constitue donc pas une solution suffisante, Mesdames et Messieurs de l’Union européenne. Avec 14,000€/mois de salaire + 22,000€/mois pour rémunérer des gens qui vous mâchent le travail, un petit effort financier et un travail à la hauteur de votre rémunération astronomique ne vous tuerait clairement pas. Vous êtes doués pour mettre en place des actes juridiques contraignants afin de réguler le commerce des clous et des bananes au sein du Marché Unique, mais lorsqu’il s’agit de s’attaquer aux « vrais » problèmes sociétaux, vous semblez un tant soit peu absents. Eh bien grande nouvelle : les stages non-rémunérés sont un véritable problème dans la mesure où ils concernent toute une génération. C’est de ça qu’il est urgent de s’occuper, de la jeunesse, car au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, l’eurosceptisme est déjà très ancré en Europe, il est responsable du Brexit et les jeunes restent les seuls défenseurs de cette UE qui ne sert actuellement pas à grand-chose, parce qu’à part Erasmus, la monnaie unique, le Marché Unique et l’Espace Schengen – des idées qui restent à la base relativement élitistes, qui sont actuellement toutes en crise de par votre inaction et qui commencent par ailleurs à dater – vous n’avez pas fait grand-chose pour les citoyens depuis pas mal de temps.

Je fais partie de ces jeunes défenseurs de l’UE, mais je commence sérieusement à perdre patience et à me dire que je suis masochiste de la soutenir, et je suis prêt à parier qu’il en va de même pour un certain nombre d’entre nous dès lors qu’une réflexion plus profonde est engagée. Il est grand temps de mettre en place des lois et un cadre efficaces qui régulent les abus relatifs aux stages. Des opportunités pour tous les jeunes, l’égalité des chances, voilà ce que la société exige. C’est ça votre raison d’être, travailler pour les citoyens dans leur ensemble et non pas pour une poignée de dirigeants politiques et économiques qu’un statuquo arrange. Votre job n’est pas de passer votre temps à faire des déclarations totalement inutiles, ou encore vous plaindre que le siège du Parlement est à Strasbourg alors que vous habitez à Bruxelles (trop dure la vie).

Il est donc grand temps de se mettre au travail, de se mettre au service de la jeunesse, car ce n’est clairement pas vous qui ferez ce qu’il faut pour venir au secours de l’UE : ce sera nous, les jeunes – s’il n’est pas déjà trop tard. Mieux vaut donc commencer à nous aider, car l’état dans lequel vous nous laisserez notre UE déterminera en partie la possibilité ou l’impossibilité de la sauver et ainsi de sauver le projet européen. Et là pour le coup, je ne parle pas uniquement des stages non-rémunérés – qui ne sont qu’un exemple parmi tant d’autres.

Advertisements

La Présidence slovaque marquée par le désintérêt envers l’Amérique latine et un émoticône qui se transforme

La Slovaquie est actuellement (1 juillet – 31 décembre  2016) Président du Conseil de l’Union Européenne. Pour cette raison, il apparaît intéressant de savoir si pendant sa présidence il y aura ne serait-ce qu’un peu d’intérêt envers les pays latins d’Am20160701-SKpresidencyBannerérique.

Spécifiquement, je pense que les pays périphériques devraient travailler ensemble et se connaître plus entre eux. Je ne pense pas qu’il soit bon que ces types de pays restent dans leur (s) micro-région (s) – par exemple les Balkans, les Caraïbes, l’Amérique du sud – de telle sorte que les informations reçues concernent exclusivement le pays en question, voire le pays ainsi qu’un autre pays plus puissant mais toujours dans le même ensemble géographique : Chili-EUA [1], Argentine-EUA, Mexique-EUA, Slovaquie-UE-Allemagne, Irlande-UE-Royaume uni, etc.

Comme je viens de le dire, je crois que les pays périphériques devraient collaborer plus et de manière plus constante, en évitant les divisions et la création de nouvelles organisations, et surtout sans l’intervention d’un pays puissant. Cela donnerait grosso modo la connaissance et le flux d’informations Chili-Mexique-Colombie-Pérou (au niveau régional), ou Mexique-Chili-Colombie-Pérou avec Roumanie-Slovaquie-Irlande-Bulgarie (au niveau birégional) par exemple.

Les objectifs de l’UE sont fixés par tous les pays membres (dans l’idéal :P, mais on ne sait jamais vraiment dans quelle mesure et jusqu’à quel point), et la question latino-américaine sera toujours présente dans la politique extérieure européenne. Néanmoins, le pays qui a la présidence peut mettre l’accent sur certains sujets, ce que nous pouvons apercevoir facilement.

Cet article va commencer par traiter l’intérêt historique de la Slovaquie pour les pays latino-américains. Ensuite, nous étudierons les objectifs de la politique extérieure de la présidence du Conseil de l’UE,  et nous terminerons par une petite conclusion.

L’approche de la Slovaquie avec les pays latino-américains s’est historiquement constituée autour de l’étude des langues. Nous pouvons diviser cette approche en deux périodes :

Avant 1989 : Cuba est la fenêtre du monde hispanophone. [2]

– Il y a un réseau d’Ambassades slovaques distribué en Amérique latine (19 en total).

– Cuba a une place géostratégique de par le fait qu’elle constitue le point de contact avec le monde latino-américain.

– L’Espagnol est enseigné dans 5 universités et quelques écoles secondaires.

– En 1980, l’Université de Comenio établit une Licence de portugais.

– À cette époque-là,  il y avait un total de 350 ouvriers ibéro-américains en Slovaquie.

– Les études ibéro-américaines se cantonnent aux études linguistiques et philologiques.

 

Après 1989 : la fin de la Guerre Froide, la chute de Cuba et la puissance de l’Espagne.

– L’intérêt slovaque pour les thèmes latino-américains diminue car il y a une volonté de connaître plus l’Europe occidentale et les États-Unis.

– Pour cette dernière raison, la Slovaquie continue à s’intéresser à la péninsule ibérique européenne, mais pas au sous-continent américain.

– Par contre, la démocratisation appuie les relations individuelles et informelles.

– A cette époque-là, l’Institut bilingue slovaque-espagnol est établi.

 

La Slovaquie – l’UE et la stratégie extérieure

Malheureusement, nous pouvons dire que la première perception que nous avons de la situation est qu’il n’y a pas un intérêt évident pour les pays hispanophones. La page officielle (www.eu2016.sk)  n’est pas en espagnol, elle est exclusivement dans les langues de travail de l’UE  (allemand, anglais et français). Je comprends qu’il soit impossible de faire la page dans toute les langues, mais ce serait un fort symbole que d’avoir un petit message de bienvenue en espagnol.

Selon sa page officielle, la Slovaquie cherche une Europe pleinement engagée sur la scène mondiale. Toutefois, cette idée se concentre sur les pays voisins de l’Europe de l’Est et les pays atlantiques – nous pouvons traduire “atlantiques” par le Canada et surtout l’Amérique ; pour les latino-américains, “l’Amérique” c’est les États-Unis : nous nous trouvons dans une époque dans laquelle “Amérique” n’est pas un terme forcément très bien vu par l’opinion publique et du coup, il a fallu trouver un terme équivalent, transatlantique.

Ensuite, le renforcement des relations avec les pays stratégiques – c’est-à-dire les pays qui font partie de l’OTAN – constitue une autre priorité. Pour l’UE, travailler étroitement avec cette organisation est la garantie d’une participation pleine de l’UE sur la scène mondiale. Selon moi, ce point est directement lié aux actions dangereuses et menaçantes de la Russie envers les pays d’Europe Centrale et les pays baltes.

Troisième point, les priorités sont marquées par la sécurité et la défense, en passant par  les menaces hybrides [3]. Les menaces hybrides sont ainsi devenues les plus importantes de toutes les menaces. Cette idée peut comprendre des choses relativement basiques (des situations auxquelles nous sommes confrontés tous les jours), comme le flux d’informations, la publicité/la propagande, les manifestations pour exiger des droits, les regroupements pour partager des idées,  les applications pour les smartphones, les cyberattaques, etc. Les menaces hybrides sont cependant une idée très vague : pour l’Amérique latine, une idée dangereuse peut par exemple être une idée liée à la corruption du gouvernement du Mexique, qui peut invoquer une menace hybride lorsqu’une situation n’est pas dans les intérêts d’une personne en particulier ou d’un groupe de personnes au pouvoir. Cette idée de menace hybride ne serait pas différente en Europe.

Dans un quatrième temps, la Slovaquie travaillera autour des objectifs du développement dans le cadre de l’Agenda 2030 de l’ONU, ce qui implique l’articulation des dimensions intérieure et extérieure de cet agenda. Par contre, la présidence souligne une nouvelle fois l’importance d’une interconnexion des politiques de sécurité et de développement économique, social et environnemental.

La question des liens qu’ont les partenaires avec le pays qui a la présidence du Conseil de l’UE est aussi présente. Nous pouvons clairement voir sur la page officielle diverses entreprises : parmi les plus connues figurent Peugeot, Citroën, Orange, Microsoft, etc. Nous sommes dans un monde où toutes les activités du gouvernement sont sponsorisées et où la relation du gouvernement avec le secteur privé n’est pas cachée. D’un coté c’est bien que cette situation soit rendue publique ; par contre, j’espère que ces compagnies ne sont pas les seules à obtenir des privilèges pour le simple fait d’être partenaires.

Finalement, je voudrais souligner que le logo de la Slovaquie semble très positif et souriant (et pour cause, il s’agit d’un émoticône). Toutefois, la page mentionne que le logo peut changer de visage. Nous verrons ainsi si le smiley sera toujours heureux et s’il travaillera pour la population, ou si la Slovaquie va nous montrer un faux visage, c’est-à-dire un masque. Un masque qui a une stratégie internationale marquée par sa localisation, la défense, les relations transatlantiques, le privé et l’éloignement de l’Amérique latine. Peut-être même trouverons-nous un émoticône fâché.

[1] Les États-Unis d’Amérique

[2] Lenghardtová, Jana, Los estudios iberoamericanos en Eslovaquia, “Revista Europea de Estudios Latinoamericanos y del Caribe”, 27 de abril de 2002.  http://www.cedla.uva.nl/50_publications/pdf/revista/72RevistaEuropea/72_Lenghardtova.pdf

[3] La guerre hybride est un conflit lié à des menaces intérieures ou extérieures d’un pays, où plusieurs types d’hostilités sont utilisés simultanément : des forces militaires conventionnelles, une tactique de forces militaires irrégulières, ainsi que des activités illégitimes visant à déstabiliser la situation.