L’Union européenne et les Présidentielles 2017 en France

Populismes, austérité, immigration, chômage, corruption, terrorisme, Brexit : force est de constater que l’Union européenne (UE) apparaît en 2017 dans un sale état. Ses dirigeants et institutions sont incapables de mettre en place des réformes et de répondre aux préoccupations des citoyens. Mais cela serait trop facile de simplement blâmer l’UE puisque les dirigeants des États-membres font face aux mêmes difficultés et apparaissent eux-mêmes incapables de les régler, alors qu’ils possèdent souvent beaucoup plus de marge de manœuvre et de pouvoir que l’UE, contrairement à ce qu’ils font croire aux gens : en effet, les traités et le fonctionnement de l’UE sont définis par tous les États-membres, l’UE ne s’est pas imposée par la magie.

PrÉSIDENTIELLES 2017 FRANCE UELes citoyens de France et d’Allemagne, les deux pays les plus développés et les leaders de cette UE défaillante (en laissant de côté le Royaume-Uni), ont une chance importante, voire historique, d’exprimer leur opinion sur divers sujets en se rendant aux urnes en 2017. Et c’est bien cela l’enjeu des élections en France des 23 avril et 7 mai prochains : il faut être conscients que nous n’allons pas simplement voter pour un projet français. Ce vote aura des conséquences sur l’Europe et ainsi, sur le monde. J’insiste sur ce point : parfois, il faut savoir s’effacer pour le bien commun, car les conséquences de ce scrutin risquent fortement de nous dépasser si nous ne votons pas pour le bon projet, et d’avoir des conséquences dramatiques sur la France, l’Europe et le monde, qui par notre modèle sociétal actuel sont interdépendants. Alors, avant de penser à nos intérêts personnels et fondamentalement égoïstes, il faut prendre en compte un certain nombre d’autres paramètres qui ont trait à ce que nous voulons que l’Europe et le monde deviennent.

Pour cette raison, il me semble crucial d’initier un débat sur la place qu’occupe l’UE dans les différents projets des candidats. L’UE est un acteur mondial majeur et il convient ainsi de lui accorder la place et l’importance qu’elle a sur nos vies. Les accomplissements majeurs de l’UE, ce sont bien évidemment la paix et la démocratie. Voter pour l’UE, c’est voter pour une paix durable mais fragile, comme l’a montré l’histoire. Lorsque j’entends certains candidats dire que la Suisse s’en sort très bien sans faire partie de l’UE, cela me fait rire : il s’agit d’un pays minuscule entouré des pays les plus développés et stables de l’UE et du monde. Elle bénéficie donc avant tout du rayonnement de l’UE, mais elle ne possède aucune influence sur la scène internationale. Si l’UE n’avait pas existé, la Suisse n’aurait pas échappé aux guerres qui auraient probablement éclaté et ses habitants seraient beaucoup moins riches puisqu’ils ne bénéficieraient pas de la coopération avec l’UE. Il en va de même pour la Norvège, qui est également dans la sphère d’influence de l’UE. Il est donc objectivement impossible de nier que l’UE protège d’un point de vue sécuritaire, qu’elle octroie des possibilités commerciales et qu’elle permet à ses États-membres de jouer ensemble un rôle important sur la scène internationale.

Cependant, il ne s’agit pas non plus de nier que l’UE est en crise et que les citoyens réclament des changements qui tardent à arriver et qui, pour beaucoup, ne sont même pas du ressort de l’UE, qui est, nous le rappelons, une association de pays. La France, en tant que leader de cette association (de par sa taille, son poids économique, son poids démographique, etc.), a des responsabilités plus importantes que le Luxembourg ou la Suède, par exemple. C’est objectivement injuste, mais c’est comme ça. Alors, chers concitoyens français, lorsque vous vous rendrez aux urnes dans quelques jours, je ne vous demande qu’une chose : réfléchissez à ce que vous voulez que l’Europe et le monde deviennent, car cela vous concerne tout autant que la situation économique en France.

Pour vous aider dans votre choix, je vais compiler les visions des onze candidats aux élections sur l’UE et sur la place de la France dans cette UE et de celle de cette UE dans le monde, en les commentant le plus objectivement possible. Dans la mesure où la gauche est surreprésentée parmi les partis politiques desquels sont issus les candidats, cela en dit assez long sur le système et les priorités actuelles des français . Voici donc un résumé de leurs idées européennes :

Nicolas Dupont Aignan : il estime que la gravité du chômage en France est une situation créée par l’Union européenne. Il est par ailleurs convaincu que l’Allemagne dicte à l’UE ses politiques, ce qui revient à dire que l’Allemagne est la seule responsable de la débâcle de l’UE. Il propose ainsi une « Europe confédérale », dont trois ou quatre pays coopèreraient à la carte sur des grands projets, ce qui impliquerait une sortie préalable de l’UE.

Selon nous, cette vision est un véritable contresens : premièrement, contrairement à l’opinion générale largement induite par nos pays, l’Allemagne n’impose rien puisqu’une majorité de pays est toujours nécessaire à la prise de décision au sein de l’UE. Deuxièmement, une UE confédérale est un non-sens : soit quelques pays coopèrent à la carte, auquel cas il s’agit d’une simple coopération internationale entre pays, ce qui a toujours existé et n’a jamais protégé de la guerre ; soit il s’agit d’une union entre pays (ce qu’est actuellement l’UE), ce qui signifie que ces pays doivent obligatoirement abandonner des pouvoirs à cette union. Cela nous montre ainsi un manque de connaissances flagrant de l’UE et des relations internationales. Il faut par ailleurs se rendre compte que ceux qui prônent un Frexit (une sortie de la France de l’UE) nous mentent : on ne sortira pas de l’UE sans s’être préalablement prononcés lors d’un référendum populaire, car imposer à un peuple une décision aussi importante sans le consulter reviendrait à faire fi de la démocratie (=dictature).

Emmanuel Macron : le candidat le plus jeune prône une coopération accrue entre les États-membres de l’UE, ce qui reviendrait à plus de délégations de pouvoirs nationaux vers Bruxelles. Pour lui, l’UE rend plus fort et les marchés des pays membres constituent des débouchés pour l’économie française. Il convient également que, pour approfondir la construction européenne, il faut d’abord réformer les États-membres, qui seraient donc ainsi co-responsables de cette crise européenne.

Nous considérons que la vision de M. Macron est très idéaliste : prôner plus d’Europe, c’est faire complètement fi de la réalité. Or, si l’UE ne marche plus, c’est justement parce que beaucoup d’États-membres considèrent que l’Europe a trop de pouvoir sur les États-membres. Parler d’approfondir l’intégration européenne avant même d’avoir entrepris des réformes au niveau national et alors que beaucoup de pays s’y opposent est complètement irresponsable.

Par ailleurs, ajoutons que M. Macron a, de manière générale, une vision très élitiste dans son discours et semble plus concerné par le néolibéralisme (qui, en Amérique latine, est grandement responsable des inégalités sociales) et le libre-échange (il est en faveur du CETA et du TAFTA) – qui profitent surtout à une poignée de privilégiés comme lui – que par le peuple. Il est lui-même un économiste dont le parti politique est exclusivement financé par des dons privés (personnes morales, entreprises, banques). Ainsi, comment peut-il être indépendant de ces entreprises, sans lesquelles il n’existerait pas, et comment peut-il réformer l’UE, dont l’un des grands problèmes actuels est précisément la corruption, la collusion entre le public et le privé et l’élitisme ?

Nathalie Arthaud : elle est pour l’ouverture des frontières. Elle dit clairement que l’UE n’est pas responsable de tous les maux des États-membres. Elle voit dans le populisme un danger qu’il faut stopper, qui dresse les peuples européens les uns contre les autres, et qui empêcherait les travailleurs qui en ont besoin d’être mobiles dans l’Europe.

Mme. Arthaud semble avoir conscience du fait que l’UE n’est pas un problème qu’il faut absolument éliminer. Elle semble comprendre ses bienfaits, ce qui est déjà positif. Cependant, elle n’a aucun plan pour l’UE et aucune vision pour son futur, ce qui constitue un véritable problème : l’UE a besoin de changer et Mme. Arthaud ne propose rien pour la sortir de la crise. Sa conception de l’UE semble trop radicale : tout n’est pas noir, mais tout n’est pas blanc non plus.

Jean-Luc Mélenchon : pour J-L.M, l’UE dicte aux États-membres leurs politiques et la solidarité qui en découle empêche les États de décider de leur sort. Il ne met donc pas en cause la raison d’être de l’UE, mais les traités européens, pourtant rappelons-le négociés et signés par les Présidents des États. Il souhaite donc avant tout renégocier les traités européens et, si cela n’est pas possible, sortir de l’UE.

Soulignons ici qu’une renégociation des traités européens (qui est déjà un non-sens étant donné qu’on ne peut pas modifier les traités, même si on peut en faire un autre abrogeant les précédents, les mots ont un sens) est extrêmement compliqué dans la mesure où il faudrait que les 27 États-membres soient d’accord. Or, cette volonté a déjà été émise par certains États et aucun consensus ne s’est dégagé en ce sens. Cela est donc très compliqué. Par ailleurs, à l’instar de beaucoup de candidats, M. Mélenchon oublie dans le cadre de son « plan B » qu’avant de parler d’une sortie de l’UE, il faudra d’abord que le peuple français se prononce sur la question. Que fera M. Mélenchon lorsque les autres États-membres auront refusé de mettre en place un nouveau traité et si le peuple français se prononce contre une sortie ?

Cependant, je pense personnellement que M. Mélenchon brandit la menace d’une sortie pour faire peur à l’UE et qu’il ne la souhaite pas réellement. S’il dit à ses partenaires : « Soit on met en place un autre traité, soit la France sort, les français sont d’accord dans la mesure où c’était ma promesse électorale », l’UE sera probablement obligée d’accéder à cette demande. M. Mélenchon me semble être un homme raisonnable et intelligent et si telle est sa stratégie, ce n’est pas forcément une mauvaise idée, c’est peut-être la seule pour faire pression sur l’ensemble des partenaires européens.

Jean Lassalle : M. Lassalle souhaite donner une compétence exclusive aux chefs d’États européens en matière d’UE (actuellement, les chefs d’États donnent les grandes lignes à suivre à l’UE et les Ministres, députés européens et autres fonctionnaires se chargent de la mise en place des mesures pour atteindre ces objectifs). Il souhaite également que la France, le second contributeur au budget européen, récupère plus d’argent, ce qui est totalement contraire au principe de solidarité de l’UE.

M. Lassalle s’engagerait donc sur la voie d’une réforme de l’UE et d’un renforcement des pouvoirs du Président de la République. A priori, cela pourrait être réalisable, mais il faudrait encore une fois que tous les États-membres soient d’accord avec cela, ce qui apparaît compliqué. Mais surtout, accroître les pouvoirs du Président et le laisser faire ce qu’il veut en matière européenne serait dangereux : faire taire l’opposition sur ces sujets n’est pas une solution, ni une option, la France n’est pas une dictature.

Marine Le Pen : comme nous le savons tous, Mme. Le Pen est fondamentalement protectionniste et donc, anti-européenne. Elle est également députée européenne, ce qui implique qu’elle connaît un peu mieux les rouages de l’UE que les autres candidats. Même si elle souhaite sortir de l’UE et de l’€uro, elle est lucide sur la manière : elle souhaite organiser un référendum populaire.

Le plan de Mme. Le Pen apparaît comme l’un des plus réalisables. Si les français se prononcent contre un Frexit, elle rendra la vie très difficile à Bruxelles pendant les cinq années de son mandat et l’UE se retrouvera ainsi paralysée, ce qui pourrait signer son arrêt de mort. En ce sens, son plan consiste à couler l’UE du mieux qu’elle peut. Elle voit la France comme une grande nation sans se rendre compte que seule, la France n’aurait pas de voix et de poids sur la scène internationale. C’est simple et net, mais extrêmement dangereux pour la France et pour la stabilité au sein de l’UE et dans le monde.

 

Benoît Hamon : il est conscient que l’UE n’est pas responsable de tous les problèmes de la France, mais qu’elle est en crise. Il n’exclut pas, dans le futur, de sortir de l’UE si elle continue dans cette voie, mais à court terme il est pour une réforme en profondeur de l’UE et pour une plus grande solidarité entre les peuples européens, basée sur le compromis. En bref, il est pour une véritable union des peuples. Il est également le seul à déclarer ouvertement que les élections en Allemagne (qui verront s’affronter Mme. Merkel, gardienne de l’austérité, et M. Schulz, ex-Président du Parlement européen, socialiste et foncièrement pro-européen) seront un facteur déterminant pour le futur de l’UE : soit Mme. Merkel sera élue et continuera à pousser pour plus d’austérité en Europe (au risque de propager un sentiment europhobe et germanophobe), soit M. Schulz deviendra Chancelier et sera en faveur d’une réforme de l’UE.

M. Hamon est le seul candidat qui semble à la fois être conscient qu’une sortie de l’UE serait une catastrophe et qu’il faut la réformer en commun, sans essayer d’imposer une vision unilatérale de la France, en prenant en compte les événements qui se déroulent dans les autres pays membres. Ses idées sont cependant similaires à celles de M. Hollande, qui n’a jamais réussi à faire accepter un consensus pour réformer l’UE.

Philippe Poutou : ouvrier de métier, il est contre le protectionnisme – ce qui peut paraître paradoxal. Il est convaincu que l’Europe protège et que l’austérité imposée par l’UE (sous l’impulsion des États-membres, nous le rappelons) n’a rien à voir avec la baisse des salaires et le chômage, qui ne sont pas le fait de Bruxelles mais des chefs d’entreprise : il nous invite donc à ne pas tout mélanger et à réfléchir sur notre modèle social national avant d’en rejeter la faute sur l’UE. Il veut par ailleurs abroger les traités européens pour mettre en place une nouvelle Europe, plus solidaire, plus égalitaire et moins corrompue.

M. Poutou a entièrement raison de souligner que ce n’est pas l’UE qui est responsable du chômage, des salaires et de la baisse du pouvoir d’achat des français puisqu’elle n’a strictement aucune compétence en la matière, les États-membres ne lui ont jamais transféré de pouvoirs en ce sens. Il s’agit d’une vision idéale de ce que doit être l’UE, mais irréaliste : il faudrait pour cela refondre le modèle économique de l’UE, ce qui ne semble pas être la volonté de beaucoup de pays. M. Poutou n’a donc aucune idée de comment atteindre cet objectif, et pour cause : il semble utopiste.

François Fillon : Il fait partie des candidats qui voient dans l’UE une nécessité pour répondre aux grandes puissances actuelles que sont les États-Unis, la Russie et la Chine, qui sont des pays beaucoup plus grands et peuplés que la France. En tant que pays, la France n’a donc aucune chance de peser internationalement. Il se prononce pour une réforme de l’UE, trop bureaucratique et éparpillée, afin de la recentrer sur des objectifs stratégiques d’intérêt commun (renforcement de la monnaie unique, numérique, défense). Il est par ailleurs pour un renforcement de la solidarité entre les pays les plus riches et les plus pauvres de l’UE et pour la libre-circulation des travailleurs. Un autre point important : il est pour la baisse des dépenses publiques et l’austérité imposée par l’UE (dette <3% du PIB).

Mettre en perspective la France par rapport aux grandes puissances mondiales constitue une raison d’être de l’UE : sans l’UE, les États-Membres seraient mineurs sur la scène internationale et seraient laissés sans défense. Il a également raison sur la nécessité de redonner une ligne de mire à l’UE et d’arrêter de dépenser une grande partie de son énergie sur des détails dont tout le monde se moque. En matière d’austérité cependant, il faut bien comprendre que cela pèse surtout sur les foyers les plus modestes (santé, éducation, retraites, etc.). De plus, si Mme. Merkel venait à être réélue en Allemagne, le couple franco-allemand signerait probablement l’arrêt de mort de l’Europe. Il faut en outre rappeler que M. Fillon a fait accepter le Traité de Lisbonne par le Parlement alors même que les français s’étaient prononcés en 2005 contre ce traité lors d’un référendum populaire. Peut-on réellement lui faire confiance étant donné qu’il a une certaine tendance à faire fi de la démocratie lorsque cela l’arrange et qu’il prône l’austérité ?

Jacques Cheminade : Il considère que le véritable problème de l’UE, ce sont les lobbies et les capitalistes. Il se prononce donc contre l’€uro et pour une sortie de cette Europe-là, tout en soulignant qu’il souhaite refonder une nouvelle UE, basée sur la collaboration d’États souverains sur de grands projets et travaillant véritablement pour les peuples, en changeant le modèle économique actuel. Pas de délégations de pouvoirs vers Bruxelles, en somme.

Premièrement, pour sortir de l’UE et pour en recréer une nouvelle, il faut deux choses : tout d’abord que le peuple français se prononce pour un Frexit lors d’un référendum, et ensuite que les 26 autres États-Membres fassent de même – ou du moins une partie afin de construire une Europe avec moins de partenaires. Il faut ensuite que ces pays choisissent un modèle européen, économique et social similaire. Cela fait donc beaucoup de spéculations et peu de garanties : c’est bien beau d’avoir des idéaux, mais encore faut-il pouvoir les mettre en place. Or, M. Cheminade ne semble pas être conscient du chemin à parcourir, ni du fait que sa vision de l’Europe est substantiellement beaucoup plus conditionnée par le bon-vouloir d’autres pays que de celui de la France.

François Asselineau : il semble être le candidat le plus europhobe. Pour lui, la totalité des problèmes de la France sont le fait de Bruxelles. Il est cependant conscient que pour mettre en place un nouveau traité européen, il faut l’unanimité des 27 États-membres, et que cela est très complexe. Il propose donc un Frexit, sans pour autant parler de référendum.

Vouloir sortir de l’UE est une chose, mais l’imposer sans vote populaire en est une toute autre. On ne peut pas imposer à un peuple entier une décision aussi brutale sur un sujet aussi vital sans le consulter. Encore une fois, nous ne sommes pas dans une dictature. Une sortie de la France de l’UE serait de plus un désastre total pour notre économie, notre sécurité, etc.

Même si l’UE n’est pas parfaite, il faut être conscient qu’elle nous protège et qu’elle nous rend plus fort en tant que pays. En sortir ne résoudra pas nos problèmes internes, qui relèvent avant tout des politiques nationales. Lui gâcher la vie n’est pas non plus une solution car, faute de soutien, elle s’écroulerait. Il faut par ailleurs se rendre compte que ceux qui déclarent que la France sortira de l’UE s’ils sont élus nous mentent : on ne sortira pas de l’UE sans s’être préalablement prononcés lors d’un référendum – et je ne pense pas que les français voteraient pour une sortie – puisqu’imposer une sortie serait anti-démocratique. La seule solution viable, et je le dis de manière objective, ce sont les réformes, c’est un nouveau traité, c’est une vision réaliste de l’Europe, de ses forces et ses faiblesses et de ses raisons d’être, ce qui, je vous l’accorde, demanderait beaucoup d’intelligence, de travail, de convictions, de consensus et de diplomatie. On peut diverger sur la nécessité de moins d’Europe, de plus d’Europe ou d’une Europe qui se réoriente sur des grands objectifs communs, mais on ne peut pas nier qu’il nous faut de l’Europe.

Personnellement, je ne souhaite pas me retrouver à devoir expliquer à mes enfants qu’ils vont devoir partir à la guerre pour massacrer des allemands et se faire massacrer par des italiens simplement parce que leurs parents auront préféré voter pour leur portefeuille plutôt que pour la paix lorsqu’ils en auront eu l’occasion, avant de se rendre compte qu’il se seront fait flouer.

Pour finir, chers concitoyens français, je vous invite à voter pour un candidat ayant réfléchi à ce que seraient la France et le monde sans l’existence d’un acteur comme l’UE. La paix et la démocratie dans le monde (ce qui inclut bien évidemment la France) sont en jeu lors de ces élections. Sachez que si l’UE coule, la France et le monde couleront avec. Parfois, le bien personnel et le bien commun se rejoignent, et c’est bel est bien dans l’UE qu’ils se rejoignent actuellement.

La signature du CETA : une défaite pour la démocratie européenne

photo-cetaC E T A : Comprehensive Economic and Trade Agreement (Accord économique et commercial global), un accord de libre-échange entre l’UE et le Canada, le « pays le plus européen en-dehors de l’Europe » selon Donald Tusk, Président du Conseil européen. C E T A : quatre lettres qui font trembler le merveilleux monde des Bisounours que s’est créé l’Union européenne, imperméable aux problèmes et revendications de ses citoyens. Mais alors, le CETA est-il un accord si terrible pour que l’irréductible Belgique – plus précisément la Wallonie, la partie francophone de la Belgique, ainsi que la ville de Bruxelles – fasse trembler les dirigeants de l’UE et du Canada ?

Cet article ne se focalisera pas exclusivement sur le fond de l’accord en lui-même, car ce n’est pas son objectif : chacun a une réponse toute faite, qui ne varie que très peu – voire pas d’un iota – à l’intérieur du camp de ceux qui sont en faveur d’un côté, et à l’intérieur de celui de ceux qui sont contre d’un autre. J’ai bien sûr mon opinion, qui vaut ce qu’elle vaut – de manière générale, je ne suis pas un inconditionnel du libre-échange, de la néo-libéralisation du marché européen et encore moins du principe d’arbitrage privé selon lequel une multinationale qui se sent lésée par un État peut poursuivre en justice cet État moyennant des millions d’euros, sans que l’inverse soit pour autant possible – mais je n’ai pas lu le traité en entier, alors je me contenterai de parler de ce que j’ai lu. Cet article débattra donc davantage de l’agitation qui a récemment entouré la signature de cet accord secret plutôt que du contenu en tant que tel.

Tout d’abord, il convient de rappeler que ce traité a été négocié dans le plus total secretisme – un mot qui caractérise si bien l’UE de nos jours : personne, jusqu’à il y a peu, ne savait quels étaient les tenants et les aboutissants de cet accord. Tout le monde savait qu’il s’agissait d’un accord de libre-échange, mais personne ne savait dans quelle mesure, et jusqu’à quel point. Plus le temps a passé, plus les citoyens ont commencé à s’interroger : pourquoi une telle opacité dans les négociations ? Pourquoi l’UE ne tenait pas au courant ses citoyens des avancées ? Pourquoi aucun calendrier ne semblait fixé ? Et puis tout d’un coup, sans crier gare, la bombe fut lâchée : le CETA devait être signé le 27 octobre, prenant un peu tout le monde à contre-pied – négociateurs et multinationales mis à part. Alors, lorsque le Parlement wallon a décidé de ne pas donner son feu-vert à la signature, c’est l’UE toute entière qui s’est sentie trahie, des États Membres aux institutions européennes, en passant par les multinationales et les négociateurs, qui avaient tant travaillé dessus. Après-tout, tous les pays membres avaient donné leur accord, et voilà qu’une partie d’un petit pays de l’UE décide de jouer les troubles-faits ? « C’en est trop ! », pensa l’UE. « Avec toutes les crises actuelles auxquelles nous faisons face, nous ne pouvons pas tolérer qu’une misérable fourmi sorte des rangs et sème la pagaille ». Le problème, c’est qu’il y a fort à parier que seuls les dirigeants wallons, parmi tous les dirigeants européens, aient véritablement lu cet accord. Et on leur reproche de faire leur travail, sous couvert que tout le monde l’a accepté sans le lire ? Pourquoi faire tant de zèle ? Et bien le problème, soulevé par le Ministre-Président de Wallonie Paul Magnette, devenu entre-temps le symbole de la résistance des détracteurs européens à cet accord, est que l’UE n’a pas daigné consulter la Wallonie lors des négociations, lui faisant parvenir un accord pour le soumettre à sa validation quelques jours seulement avant la date prévue pour sa signature – M. Magnette ayant souligné qu’il avait demandé des informations et précisions au sujet du traité plus d’une année auparavant, et que personne ne lui avait répondu, l’UE ne s’étant pas rendue compte que la Wallonie devait approuver ce traité pour qu’il puisse être signé. L’UE a donc sauté sur l’occasion : M. Magnette était vexé de ne pas avoir été consulté lors des négociations et, par ambition politique personnelle, était décidé à passer pour un héros. C’est possible – même probable – mais il reste que tout cela aurait pu être en partie évité si l’UE avait vérifié la procédure actuelle de signature de l’accord et/ou qu’elle avait répondu à la Wallonie à temps au lieu de la snober. La raison invoquée par la Wallonie : le fait qu’ils aient consulté des experts, et que ces experts aient émis quantité de réserves quant à cet accord, ce qui ne leur permettait pas de donner leur feu-vert. La résistance wallonne s’organisa et se transforma rapidement en leader de la résistance démocratique européenne. Le bras de fer avait commencé, et l’UE et le Canada, convaincus de pouvoir faire flancher M. Magnette à temps, maintinrent la cérémonie de signature jusqu’au dernier moment, l’annulant quelques heures seulement avant sa tenue programmée. Un peu prétentieux tout de même de partir du postulat que la pression qu’ils exerceraient suffirait à avoir raison, comme trop souvent, d’un problème démocratique ! M. Magnette et le Parlement wallon acceptèrent finalement les termes de l’accord une heure après l’horaire de signature initialement prévue – un joli pied-de-nez tout de même. « Il est décevant que M. Magnette n’ait pas tenu plus longtemps », me diront les détracteurs parmi vous. Personnellement, je trouve assez exceptionnel qu’il soit parvenu à tenir plus d’une semaine avec cette pression.

Pour comprendre l’opposition d’une partie des citoyens, il faut ainsi distinguer la forme du fond. Le fond de l’accord, on le connaît vaguement : 1598 pages dans sa version anglaise. Et c’est bien cela le problème : on ne le connaît que vaguement, puisque la forme est exécrable – 1600 pages qui apparaissent sur la toile quelques jours avant la signature d’un document aussi important pour les citoyens européens, de qui se moque-t-on ? Qui, mis à part un chercheur spécialisé dans le libre-échange, va lire – et comprendre – cet accord en si peu de temps ? Pas moi, et probablement pas toi non plus, cher lecteur. Et c’est un nouveau problème qui se présente à nous : comment se forger une opinion sur un document que l’on n’a pas lu ? A part lire les commentaires de certains « spécialistes » disant que les échanges qui découleront de cet accord créeront des emplois pour les partisans de l’accord, ou que cet accord constitue la mort des PME et des petits agriculteurs pour les détracteurs, il est compliqué de réellement avoir une idée du contenu. Pour corser un peu plus l’affaire et pimenter les débats, les partisans martèlent aux détracteurs qu’ils n’ont pas de preuve de ce qu’ils avancent car ils n’ont pas lu l’accord et qu’ils se contentent de répéter ce que disent les communistes. Le problème dans cela, c’est que les partisans n’ont pas non plus lu l’accord, et qu’ils ne savent donc pas si et à quel prix des emplois stables vont être créés.

Personne ne semble donc véritablement connaître les enjeux du CETA, si ce n’est que la haute classe et la moitié haute de la classe moyenne (les partisans) pensent que quoiqu’il arrive, cet accord leur sera bénéfique ; tandis que la classe ouvrière et le bas du panier de la classe moyenne (les détracteurs) pensent que cet accord leur sera défavorable. Quant à l’UE, consciente des doutes légitimes des détracteurs, elle est énervée : comment ne peuvent-ils pas comprendre que le libre-échange n’est pas moins bénéfique aux petits entrepreneurs qu’aux multinationales ? M. Juncker, Président de la Commission européenne, a d’ailleurs déclaré lors de la signature du CETA le dimanche 30 octobre – soit seulement une semaine après ces contestations – qu’ « [il était] vexé que l’on ait pu penser qu’on ait voulu sacrifier les droits des travailleurs », avant que M. Tusk ne renchérisse : « Le libre-échange et la mondialisation protègent, mais peu de gens le comprennent et le croient » ; « Je ne critique pas ceux qui ne cessent de nous critiquer. Mais ceux qui sont dans la rue doivent entendre et, si possible, écouter aussi ». En d’autres termes : ne pas être d’accord avec eux et avec cet accord, c’est être stupide, puisqu’il faut partir du postulat qu’ils ont toujours raison. Ils font fort, à croire qu’ils n’ont vraiment pas compris le problème.

Et c’est bien cela le problème actuel de l’UE : les dirigeants ne comprennent franchement rien, ils pensent que ce sont les citoyens le problème, sans se remettre en cause ne serait-ce qu’une minute. Il en est allé de même avec le Brexit, et il en va de même avec le CETA : ils prennent les bonnes décisions, leur travail est impeccable, et si l’UE en est là où elle en est, ce n’est pas de leur faute, c’est de celle des citoyens, qui devraient se remettre en cause. Allons donc chers amis, faites un petit effort !

Je vais ici donner mon avis sur un point du CETA en particulier, qui me semble extrêmement néfaste : les tribunaux d’arbitrage, à propos desquels je viens de lire une partie dans le CETA. Ce point explique en partie pourquoi je suis contre – et probablement pourquoi les détracteurs sont contre – car je pense réellement que cet accord ne peut être profitable que pour les multinationales. Mon opinion à ce sujet n’est pas du tout mitigée, elle est bien tranchée : il n’y a aucune raison de créer un système privé non-existant au détriment d’un système public qu’il faudrait certes adapter, mais qui existe déjà. Cela impliquerait que le Canada et l’UE fassent suffisamment confiance à leur législation et système juridique respectifs pour protéger les entreprises contre les abus de l’État. Or, je suis convaincu qu’il est plus plausible qu’une institution publique soit impartiale qu’une institution privée, puisque, dans cet accord, il s’agit précisément de cela : les États et les entreprises désignent des juges privés, qui auront ainsi la fonction d’arbitres et d’avocats. De cette manière, comment penser une seconde qu’un avocat privé décide de ne pas favoriser une multinationale par rapport à un État, alors même que ces avocats privés interviennent constamment dans des affaires privées impliquant des entreprises, soit avant, soit parallèlement, soit après leurs activités dans le cadre du CETA ? On a bien vu que les conflits d’intérêts, les pantouflages et les portes-tambours ne gênaient absolument pas les dirigeants européens et les Commissaires, alors pourquoi ces pratiques gêneraient les avocats privés et les multinationales ? On appelle cela de la justice partiale – ce qui est contraire au principe d’impartialité de la justice. Certes, un juge public pourrait également utiliser le pantouflage, mais il me semble qu’il y a moins de risques. De plus, selon ce mécanisme d’arbitrage, chaque litige sera soumis à une interprétation différente en fonction de l’arbitre désigné, un canadien pouvant interpréter le droit différemment d’un hongrois, par exemple.

Une autre limite est que les tribunaux d’arbitrage sont à sens unique : une entreprise, moyennant des centaines de milliers d’euros, pourra attaquer en justice un État, tandis qu’un État ne pourra pas attaquer en justice une entreprise. Ainsi, si un État estime qu’un produit est dangereux pour ses citoyens, il ne pourra rien faire, et ne pourra pas non plus mettre en place une loi/un mécanisme restrictif puisque cela constituerait une mesure discriminatoire contre l’entreprise en question, qui pourrait ensuite saisir un tribunal d’arbitrage privé et ainsi forcer l’État à révoquer cette loi et à lui verser une forte compensation grâce à des arbitres d’affaires partiaux. Cela va même plus loin : une procédure coûtera, comme nous l’avons dit, des centaines de milliers d’euros, voire des millions, chaque arbitre étant rémunéré 3,000$/jour passé sur un cas, les frais étant à la charge du perdant – vraisemblablement l’État, donc, avec des financements provenant des impôts publics, de telle sorte que les contribuables européens devraient payer ces procès que les États ne peuvent gagner. Pratique quand même ! Cela signifierait, au-delà de ces montants exorbitants, qu’une petite entreprise serait vulnérable face à une multinationale étant donné qu’elle ne pourrait pas avancer les frais relatifs à un tel procès – même si elle gagnait, ces frais sont trop élevés pour pouvoir être avancés par une petite entreprise – la laissant ainsi vulnérable aux politiques publiques des États, qui seront quant à eux à la merci des multinationales, puisqu’en définitive les multinationales pourront dicter aux États les politiques publiques qu’ils doivent mettre en place. De mon point de vue, cela risque fort en retour d’octroyer de fait un désavantage compétitif à une petite entreprise par rapport à une multinationale, puisque l’État devra avantager ces mêmes multinationales.

Les partisans du CETA peuvent dire ce qu’ils veulent, ce point est bien réel, et à moins que les institutions publiques des États Membres ne soient utilisées en cas de litige, il n’y a pas de parade possible à ce que les multinationales ressortent gagnantes du CETA au détriment des États, des petites entreprises/des agriculteurs et des consommateurs/des citoyens communs. Un exemple que l’on a beaucoup vu sur la toile : si l’État légifère que laver le porc au chlore est illégal car cela atteint à la santé des consommateurs et qu’une multinationale se sent lésée par cet arrêté, elle attentera en procès l’État en question, qui devra retirer son arrêté et payer les frais de procès avec l’argent du contribuable, laissant le petit producteur en concurrence avec une multinationale ayant fait adopter de manière légale par l’État des moyens qui l’avantagent. Il en a été de même avec l’exemple du rouge à lèvres, qui peut contenir du plomb au Canada, alors que cela est illégal en Europe. C’est ainsi la santé des consommateurs qui pourra êtremise en jeu au profit du chiffre d’affaire des grandes entreprises et en défaveur de certains petits producteurs ayant notamment mis en place des pratiques bio. Même si des avancées ont été faites grâce à la résistance de la Wallonie, ceci reste un scandale.

Cependant, malgré tout cela, que les choses soient claires : la signature du CETA ne signifie pas encore sa mise en pratique totale. 38 assemblées des pays membres de l’UE, en plus du Parlement européen, vont devoir se prononcer pour que le traité soit ratifié. On peut légitimement penser que le Parlement européen (qui sera le premier à se prononcer) va ratifier le CETA début 2017, ce qui entraînera automatiquement une mise en pratique partielle du traité dans quelques mois. Cependant, avec la pression populaire et les manœuvres politiques qui se jouent dans les États Membres, je ne suis pas convaincu que ces 38 assemblées le ratifieront. Je suis même certain que nous assisterons à de grandes manifestations à travers l’Europe.

Sans faire allusion au contenu, j’espère même qu’un pays s’opposera au CETA, non pas parce que ce texte me semble injuste, mais simplement afin que les dirigeants européens comprennent bien qu’ils ne peuvent pas continuellement faire les choses dans le dos des citoyens. Certes, cela constituerait un revers de plus pour l’UE en tant que telle, mais cela montrerait aussi que la construction européenne ne peut se faire sans l’aval des citoyens et en faisant fi de la démocratie. Et qui sait, peut-être qu’un référendum sera organisé dans un pays, et que les citoyens eux-mêmes se prononceront contre le CETA ? Il faut que l’UE reparte sur de bonnes bases, et en ce sens, une paralysie totale de l’UE, des moyens d’action et des résultats de ses dirigeants pourrait ne pas être une si mauvaise chose. Ce qui me semble sûr, c’est que pour sauver la démocratie, il serait bon que cet accord négocié à la limite de l’anti-démocratie ne soit pas ratifié et ainsi, abandonné – même si cet accord était bon – ou mieux : qu’il soit amélioré en prenant en compte les doutes des détracteurs.

Cher M. Juncker, cher M. Tusk, je suis sûr que vous travaillez d’arrache-pied, mais vous n’allez pas dans la bonne direction. Et avoir voulu coûte que coûte signer cet accord le plus rapidement possible au milieu de protestations démocratiques, sans écouter une seule seconde les doutes raisonnables des détracteurs, est une grave erreur, une erreur que vous ne pouviez pas vous permettre dans l’état actuel dans lequel se trouve l’UE, une erreur que l’UE risque de payer très cher. Vous ne parviendrez à rien sans une opinion publique favorable, et cette opinion est de plus en plus défavorable à l’UE. Ceci est de votre faute, alors ne vous plaignez pas que les citoyens n’aient pas confiance en vous lorsque vous agissez de la sorte. Corruption, Brexit, CETA : sur combien de citoyens allez-vous encore marcher en 2016 pour faire aboutir vos ambitions personnelles au détriment de l’UE ? Je ne souhaite pas ici critiquer pour critiquer, je souhaite critiquer pour faire entendre raison à ces dirigeants car j’ai peur : à chaque nouveau scandale, j’ai de plus en plus peur que l’UE ne survive pas à ces problèmes démocratiques. Dans l’état actuel des choses, il ne s’agit plus de se demander si l’UE va imploser : il s’agit de se demander quand elle va imploser. Dans le cas du CETA, il ne semblait pas compliqué de calmer le jeu et les esprits des détracteurs. Il s’agissait simplement de répondre à leurs doutes, en leur précisant en quoi ils n’étaient pas fondés et en quoi cet accord aller les aider. Communiquer, en somme – pourvu qu’il y ait une réponse satisfaisante. Pourquoi ne pas avoir attendu quelques mois pour signer cet accord en faisant de la simple communication et en écoutant les doutes pour en modifier le texte – quitte à éventuellement l’enterrer définitivement si l’opinion publique était majoritairement contre ? La construction européenne ne peut se faire par les dirigeants pour les dirigeants et sans les citoyens, cela ne fonctionnera pas. Il s’agit d’un travail d’équipe et il n’y aurait eu aucune honte à admettre que cet accord n’était pas parfait et nécessitait plus de travail. Il semble que vous ayez encore une fois choisi de laisser votre égo et vos ambitions personnelles prendre le pas, alors que c’est en montrant aux citoyens européens qu’ils comptent que la construction européenne avancera. Vouloir montrer au monde que vous (je ne dis pas « nous » car cette Europe n’est pas mon Europe, c’est la vôtre) constituez une puissance mondiale n’est pas une solution. En signant cet accord (encore une fois, sur la forme indépendamment du fond), vous venez de trahir les européens au nom du libre-échange, en faveur des multinationales et de personnes qui sont extérieures à l’UE. Ne pas s’en rendre compte est une trahison au projet européen.

Les stages non-rémunérés : le problème d’une génération

Actuellement, l’Union européenne mène une campagne Facebook sur les bienfaits des stages rémunérés au sein du Conseil de l’UE. Je dis « campagne », car tous les jours nous avons droit à la petite interview d’un ancien stagiaire qui a maintenant un super travail et qui vante les mérites de ces stages. Il ne s’agit pas de dénigrer le recours à ces stages bien rémunérés (aux alentours de 1100€/mois), qui constituent donc, selon le Conseil, de véritables atouts pour les individus qui les obtiennent. Au-delà de la propagande faite (on ne peut pas vraiment appeler ça autrement car c’est à la limite du harcèlement Facebook), il convient de rappeler que la plupart des stages de nos jours sont non-rémunérés. Et pour ces stages non-rémunérés, aucune propagande : cela en dit long sur l’UE, qui se garde bien de dire que pour chaque stage rémunéré dans ses institutions (comme elle est généreuse l’UE…), il y en a probablement trois qui ne le sont pas (… ah ben non en fait). Aujourd’hui, je voudrais ainsi aborder ce problème généralisé à niveau européen, et qui depuis un certain temps maintenant constitue une difficulté parfois insurmontable pour bon nombre de jeunes : les stages non-rémunérés.

Le stage est devenu quasiment obligatoire de nos jours, soit dans le cadre d’un cursus universitaire pour l’obtention d’un diplôme, soit de par le fait qu’aucune entreprise, organisation ou institution publique n’emploie une personne sans aucune expérience professionnelle. Le stage constituerait ainsi une condition sine qua none à l’entrée officielle dans la vie professionnelle, une sorte de passeport donc. Problème : ces expériences par nature déjà professionnelles (la période du stagiaire qui sert le café et fait les photocopies, si elle a déjà existé, est complètement révolue) ne sont souvent pas rémunérées du tout, et les stagiaires, souvent peu supervisés, effectuent quasiment l’équivalent du travail d’un employé. Travailler sans être payé : une forme d’esclavage moderne.

PHOTO_STAGES

Pire même : certains organismes proposent des stages non-rémunérés en indiquant dans les conditions des offres « expérience professionnelle exigée ». Le souci est qu’ « expérience professionnelle » peut aussi bien se rapporter à un ancien stage non-rémunéré qu’à un ancien emploi rémunéré, et que la personne avec le plus d’expérience sera ainsi prise : autant dire que l’individu avec une expérience préalable rémunérée, expérience pour laquelle un stage non-rémunéré était déjà exigé, obtiendra le sacro-saint nouveau stage non-rémunéré (super le Graal). Le problème de l’injustice, c’est qu’elle devient de plus en plus injuste : vous tendez une main, on vous prend le bras.

Des pays comme la France ont ainsi commencé à plancher sur le problème puisque la loi dans ce pays prévoit que les stages de plus de 309 heures réparties en deux mois (un peu compliqué quand même) doivent nécessairement être rémunérés. Bien évidemment, certaines entreprises peu scrupuleuses ont trouvé la parade en faisant enchaîner deux ou trois contrats de moins de deux mois/309 heures aux stagiaires, qui n’ont pas vraiment le choix d’accepter puisque les stages sont, comme nous l’avons dit, obligatoires. Cette pratique n’est évidemment pas franchement illégale, mais elle n’est pas franchement légale non plus. Par contre, elle est franchement amorale, et nous en revenons donc à notre problème des stages non-rémunérés (eh non, on n’échappe pas si facilement aux stages non-rémunérés). En outre, rien pour l’instant sur la limitation du nombre de stages effectués par une personne.

Bien sûr, les entreprises profitent doublement des stages non-rémunérés : elles embauchent beaucoup moins d’employés qu’avant puisqu’elles se reposent sur des stagiaires qui ont l’avantage de se taire, d’être ambitieux, de faire des heures supplémentaires non-rémunérées, d’avoir peur de faire valoir leurs droits, et de n’être pas encore complètement dégoûtés du système ; et d’un autre côté, la conséquence logique est que ces entreprises augmentent leurs marges et leurs chiffres d’affaires en exploitant les gens, tout cela dans la plus totale légalité.

Évidemment, cela contribue à entretenir notre précieux système d’élite et d’injustice sociale qui met en avant ce qui devrait constituer un adage : « riche est ta famille, riche tu resteras ; pauvre est ta famille, pauvre tu resteras », ou sa variante « sois riche, tais-toi et tout ira bien pour toi, même si tu es con ». En d’autres termes : mieux vaut être riche que pauvre (oui je sais, grande nouvelle). Et puis les plus aisés d’entre nous ne se battent pas pour que les stages soient rémunérés, bien au contraire, puisque cela leur enlève de la concurrence sur le marché par rapport à une personne potentiellement plus capable mais qui n’a aucune expérience professionnelle parce qu’elle n’aura pas eu au préalable les moyens d’offrir plusieurs fois ses services gratuitement pendant une période de temps prolongée. Pour l’égalité des chances (qui au passage est un principe fondamental inscrit dans la Convention des Droits de l’Homme), on repassera.

Tout le monde sait déjà que cela ne constitue un problème que pour ceux dont les parents ont de modestes revenus financiers – et ne parlons même pas des stages à l’étranger – mais où en est-on à Bruxelles, où sont installés les sièges de la grande majorité des entreprises et institutions ayant un rapport avec l’UE ? Que fait Bruxelles pour aider les jeunes, qui constituent rappelons-le le futur – et même déjà le présent – de l’Union européenne ?

La réponse tient en un mot : rien. L’UE s’en moque complètement. Et elle nous arnaque même, nous les jeunes, à double titre : non seulement on estime que la moitié des 8,000 stagiaires dans la ville de Bruxelles (4,000 donc) ne sont pas rémunérés, mais en plus les institutions de l’UE elles-mêmes (Commission, Conseil, Parlement, etc.) offrent chaque année sans aucun scrupule des centaines – voire des milliers – de stages non-rémunérés. Quand on sait par exemple que chacun des 751 Députés Européens gagne environs 14,000€/mois et que l’UE donne en plus à chacun de ces députés 22,000€/mois supplémentaires pour rémunérer ses employés, assistants personnels, stagiaires et autres Minions (en plus d’autres avantages, comme le remboursement des frais médicaux incluant… le viagra !), on se demande comment l’UE peut tolérer cela (à moins que leur coiffeur, à l’instar de celui de François Hollande, ne soit payé 10,000€/mois bien sûr) et où passe réellement cet argent – mais la corruption est un autre débat. Pourtant, cela ne semble pas gêner le moins du monde l’UE. Eh bien moi, cela me dérange. Cela me dérange que les stagiaires ne soient pas rémunérés, et cela me dérange que l’UE ne considère pas cela comme un problème et qu’elle entretienne ce système qui favorise les élites.

Personnellement, j’ai effectué un stage obligatoire de six mois au sein d’une institution européenne dans le cadre de mon cursus universitaire de Master, et je n’étais pas rémunéré. J’ai vécu grâce à une bourse d’études que j’ai complétée avec mes économies personnelles provenant de jobs étudiants des années précédentes (ramassage de pommes, vendanges, hôte de caisse) car non, je n’ai pas grandi dans une ville, ma mère n’est pas cadre dans une entreprise, aucun de mes parents n’a le baccalauréat, je n’ai pas étudié dans une école de commerce ou dans un institut politique, je ne voyageais pas à travers les États-Unis pendant mes vacances universitaires, et je n’avais pas de contacts pour obtenir des jobs étudiants intéressants et bien rémunérés. J’ai cependant été élevé avec de bonnes valeurs, et les valeurs cela ne s’achète pas (eh oui, on ne peut pas tout avoir dans la vie). J’ai également pleinement conscience d’avoir de la chance d’être français, un pays où les aides existent. Je me demande cependant comment fait un tchèque ou un slovaque qui se trouve dans une situation similaire.

Il y a bien depuis peu les bourses Erasmus pour effectuer un stage au sein d’un pays membre de l’UE, mais les critères à remplir pour en bénéficier sont complexes, il n’y a pas assez de bourses pour financer tous les stagiaires, et les montants restent dérisoires. Ceci ne constitue donc pas une solution suffisante, Mesdames et Messieurs de l’Union européenne. Avec 14,000€/mois de salaire + 22,000€/mois pour rémunérer des gens qui vous mâchent le travail, un petit effort financier et un travail à la hauteur de votre rémunération astronomique ne vous tuerait clairement pas. Vous êtes doués pour mettre en place des actes juridiques contraignants afin de réguler le commerce des clous et des bananes au sein du Marché Unique, mais lorsqu’il s’agit de s’attaquer aux « vrais » problèmes sociétaux, vous semblez un tant soit peu absents. Eh bien grande nouvelle : les stages non-rémunérés sont un véritable problème dans la mesure où ils concernent toute une génération. C’est de ça qu’il est urgent de s’occuper, de la jeunesse, car au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, l’eurosceptisme est déjà très ancré en Europe, il est responsable du Brexit et les jeunes restent les seuls défenseurs de cette UE qui ne sert actuellement pas à grand-chose, parce qu’à part Erasmus, la monnaie unique, le Marché Unique et l’Espace Schengen – des idées qui restent à la base relativement élitistes, qui sont actuellement toutes en crise de par votre inaction et qui commencent par ailleurs à dater – vous n’avez pas fait grand-chose pour les citoyens depuis pas mal de temps.

Je fais partie de ces jeunes défenseurs de l’UE, mais je commence sérieusement à perdre patience et à me dire que je suis masochiste de la soutenir, et je suis prêt à parier qu’il en va de même pour un certain nombre d’entre nous dès lors qu’une réflexion plus profonde est engagée. Il est grand temps de mettre en place des lois et un cadre efficaces qui régulent les abus relatifs aux stages. Des opportunités pour tous les jeunes, l’égalité des chances, voilà ce que la société exige. C’est ça votre raison d’être, travailler pour les citoyens dans leur ensemble et non pas pour une poignée de dirigeants politiques et économiques qu’un statuquo arrange. Votre job n’est pas de passer votre temps à faire des déclarations totalement inutiles, ou encore vous plaindre que le siège du Parlement est à Strasbourg alors que vous habitez à Bruxelles (trop dure la vie).

Il est donc grand temps de se mettre au travail, de se mettre au service de la jeunesse, car ce n’est clairement pas vous qui ferez ce qu’il faut pour venir au secours de l’UE : ce sera nous, les jeunes – s’il n’est pas déjà trop tard. Mieux vaut donc commencer à nous aider, car l’état dans lequel vous nous laisserez notre UE déterminera en partie la possibilité ou l’impossibilité de la sauver et ainsi de sauver le projet européen. Et là pour le coup, je ne parle pas uniquement des stages non-rémunérés – qui ne sont qu’un exemple parmi tant d’autres.

La Présidence slovaque marquée par le désintérêt envers l’Amérique latine et un émoticône qui se transforme

La Slovaquie est actuellement (1 juillet – 31 décembre  2016) Président du Conseil de l’Union Européenne. Pour cette raison, il apparaît intéressant de savoir si pendant sa présidence il y aura ne serait-ce qu’un peu d’intérêt envers les pays latins d’Am20160701-SKpresidencyBannerérique.

Spécifiquement, je pense que les pays périphériques devraient travailler ensemble et se connaître plus entre eux. Je ne pense pas qu’il soit bon que ces types de pays restent dans leur (s) micro-région (s) – par exemple les Balkans, les Caraïbes, l’Amérique du sud – de telle sorte que les informations reçues concernent exclusivement le pays en question, voire le pays ainsi qu’un autre pays plus puissant mais toujours dans le même ensemble géographique : Chili-EUA [1], Argentine-EUA, Mexique-EUA, Slovaquie-UE-Allemagne, Irlande-UE-Royaume uni, etc.

Comme je viens de le dire, je crois que les pays périphériques devraient collaborer plus et de manière plus constante, en évitant les divisions et la création de nouvelles organisations, et surtout sans l’intervention d’un pays puissant. Cela donnerait grosso modo la connaissance et le flux d’informations Chili-Mexique-Colombie-Pérou (au niveau régional), ou Mexique-Chili-Colombie-Pérou avec Roumanie-Slovaquie-Irlande-Bulgarie (au niveau birégional) par exemple.

Les objectifs de l’UE sont fixés par tous les pays membres (dans l’idéal :P, mais on ne sait jamais vraiment dans quelle mesure et jusqu’à quel point), et la question latino-américaine sera toujours présente dans la politique extérieure européenne. Néanmoins, le pays qui a la présidence peut mettre l’accent sur certains sujets, ce que nous pouvons apercevoir facilement.

Cet article va commencer par traiter l’intérêt historique de la Slovaquie pour les pays latino-américains. Ensuite, nous étudierons les objectifs de la politique extérieure de la présidence du Conseil de l’UE,  et nous terminerons par une petite conclusion.

L’approche de la Slovaquie avec les pays latino-américains s’est historiquement constituée autour de l’étude des langues. Nous pouvons diviser cette approche en deux périodes :

Avant 1989 : Cuba est la fenêtre du monde hispanophone. [2]

– Il y a un réseau d’Ambassades slovaques distribué en Amérique latine (19 en total).

– Cuba a une place géostratégique de par le fait qu’elle constitue le point de contact avec le monde latino-américain.

– L’Espagnol est enseigné dans 5 universités et quelques écoles secondaires.

– En 1980, l’Université de Comenio établit une Licence de portugais.

– À cette époque-là,  il y avait un total de 350 ouvriers ibéro-américains en Slovaquie.

– Les études ibéro-américaines se cantonnent aux études linguistiques et philologiques.

 

Après 1989 : la fin de la Guerre Froide, la chute de Cuba et la puissance de l’Espagne.

– L’intérêt slovaque pour les thèmes latino-américains diminue car il y a une volonté de connaître plus l’Europe occidentale et les États-Unis.

– Pour cette dernière raison, la Slovaquie continue à s’intéresser à la péninsule ibérique européenne, mais pas au sous-continent américain.

– Par contre, la démocratisation appuie les relations individuelles et informelles.

– A cette époque-là, l’Institut bilingue slovaque-espagnol est établi.

 

La Slovaquie – l’UE et la stratégie extérieure

Malheureusement, nous pouvons dire que la première perception que nous avons de la situation est qu’il n’y a pas un intérêt évident pour les pays hispanophones. La page officielle (www.eu2016.sk)  n’est pas en espagnol, elle est exclusivement dans les langues de travail de l’UE  (allemand, anglais et français). Je comprends qu’il soit impossible de faire la page dans toute les langues, mais ce serait un fort symbole que d’avoir un petit message de bienvenue en espagnol.

Selon sa page officielle, la Slovaquie cherche une Europe pleinement engagée sur la scène mondiale. Toutefois, cette idée se concentre sur les pays voisins de l’Europe de l’Est et les pays atlantiques – nous pouvons traduire “atlantiques” par le Canada et surtout l’Amérique ; pour les latino-américains, “l’Amérique” c’est les États-Unis : nous nous trouvons dans une époque dans laquelle “Amérique” n’est pas un terme forcément très bien vu par l’opinion publique et du coup, il a fallu trouver un terme équivalent, transatlantique.

Ensuite, le renforcement des relations avec les pays stratégiques – c’est-à-dire les pays qui font partie de l’OTAN – constitue une autre priorité. Pour l’UE, travailler étroitement avec cette organisation est la garantie d’une participation pleine de l’UE sur la scène mondiale. Selon moi, ce point est directement lié aux actions dangereuses et menaçantes de la Russie envers les pays d’Europe Centrale et les pays baltes.

Troisième point, les priorités sont marquées par la sécurité et la défense, en passant par  les menaces hybrides [3]. Les menaces hybrides sont ainsi devenues les plus importantes de toutes les menaces. Cette idée peut comprendre des choses relativement basiques (des situations auxquelles nous sommes confrontés tous les jours), comme le flux d’informations, la publicité/la propagande, les manifestations pour exiger des droits, les regroupements pour partager des idées,  les applications pour les smartphones, les cyberattaques, etc. Les menaces hybrides sont cependant une idée très vague : pour l’Amérique latine, une idée dangereuse peut par exemple être une idée liée à la corruption du gouvernement du Mexique, qui peut invoquer une menace hybride lorsqu’une situation n’est pas dans les intérêts d’une personne en particulier ou d’un groupe de personnes au pouvoir. Cette idée de menace hybride ne serait pas différente en Europe.

Dans un quatrième temps, la Slovaquie travaillera autour des objectifs du développement dans le cadre de l’Agenda 2030 de l’ONU, ce qui implique l’articulation des dimensions intérieure et extérieure de cet agenda. Par contre, la présidence souligne une nouvelle fois l’importance d’une interconnexion des politiques de sécurité et de développement économique, social et environnemental.

La question des liens qu’ont les partenaires avec le pays qui a la présidence du Conseil de l’UE est aussi présente. Nous pouvons clairement voir sur la page officielle diverses entreprises : parmi les plus connues figurent Peugeot, Citroën, Orange, Microsoft, etc. Nous sommes dans un monde où toutes les activités du gouvernement sont sponsorisées et où la relation du gouvernement avec le secteur privé n’est pas cachée. D’un coté c’est bien que cette situation soit rendue publique ; par contre, j’espère que ces compagnies ne sont pas les seules à obtenir des privilèges pour le simple fait d’être partenaires.

Finalement, je voudrais souligner que le logo de la Slovaquie semble très positif et souriant (et pour cause, il s’agit d’un émoticône). Toutefois, la page mentionne que le logo peut changer de visage. Nous verrons ainsi si le smiley sera toujours heureux et s’il travaillera pour la population, ou si la Slovaquie va nous montrer un faux visage, c’est-à-dire un masque. Un masque qui a une stratégie internationale marquée par sa localisation, la défense, les relations transatlantiques, le privé et l’éloignement de l’Amérique latine. Peut-être même trouverons-nous un émoticône fâché.

[1] Les États-Unis d’Amérique

[2] Lenghardtová, Jana, Los estudios iberoamericanos en Eslovaquia, “Revista Europea de Estudios Latinoamericanos y del Caribe”, 27 de abril de 2002.  http://www.cedla.uva.nl/50_publications/pdf/revista/72RevistaEuropea/72_Lenghardtova.pdf

[3] La guerre hybride est un conflit lié à des menaces intérieures ou extérieures d’un pays, où plusieurs types d’hostilités sont utilisés simultanément : des forces militaires conventionnelles, une tactique de forces militaires irrégulières, ainsi que des activités illégitimes visant à déstabiliser la situation.

Citoyens européens, réveillez-vous !

À l’occasion de la Journée de l’Europe, j’ai décidé d’écrire un article sur l’UE, sur ma vision d’un thème qui me tient à cœur, sur une opinion plus ou moins tranchée, et bien sûr dans ma langue, afin de mettre en valeur mes origines. Je dédierai donc cet article en français à ce qu’on appelle souvent « la crise de confiance envers l’UE », à travers l’exemple de mon pays de naissance et d’origine, la France. Contrairement aux articles précédents, je ne m’appuierai pas sur des articles, des chiffres ou des déclarations pour étayer mes propos, mais plutôt sur des ressentis.

La semaine dernière, l’ancien Président de la République Française Nicolas Sarkozy (2007-2012), fils d’immigrés hongrois, est venu à Santiago du Chili participer à une « conversation » (visiblement, le mot « conférence » est has-been) avec un public restreint de sympathisants Républicains de tous âges, plus moi, un curieux. Je suis ressorti de cette « conversation » choqué et réellement attristé, pour mon pays dans un premier temps, puis pour l’Europe en y réfléchissant de plus près.

Pour mon pays car, même si l’homme est de droite, même s’il a été Président, même si ses idées sont connues, les sympathisants de cet événement étaient bien, eux, des français expatriés en Amérique latine, précisément dans un pays où la misère côtoie constamment le luxe. Cela m’a amené à beaucoup réfléchir non pas sur les idées de ces gens – je dis ces gens car je ne semble rien partager avec eux, si ce n’est notre probable amour du pain et du fromage – mais plutôt sur les valeurs que ces idées impliquent, et sur ce qu’est devenue la France : un pays qui produit de riches expatriés vivant à l’étranger en communauté, à l’écart des locaux, et en partie coupés de leur pays d’origine de par la distance. Je m’avance à dire qu’il en va de même dans le monde entier. Ces gens  ne sont immergés ni dans leur culture d’adoption, ni dans leur culture d’origine. Ils semblent coupés de la/les réalité(s) qui sont la/les leur(s). Est-ce une raison suffisante pour croire que le mépris envers l’espèce humaine et la cuillère en or qu’ils ont dans la bouche depuis leur naissance leur donnent des privilèges sur la majeure partie du reste du monde ? Cela réconforte légèrement de se dire que cette élite, en apparence éduquée, ne saisit même pas la signification du mot « expatrié ». Malheureusement, cela ne concerne pas uniquement les expatriés.

Alors certes, on sait que ces gens existent, mais nous ne les fréquentons pas tous. Je ne suis moi-même pas à plaindre, mais je ne fais pas partie de « cette élite », pour reprendre le terme de M. Sarkozy. J’ai grandi à la campagne, j’ai été élevé avec des valeurs, j’ai effectué des jobs étudiants ingrats dès mes 16 ans, mais je suis conscient d’être né dans un pays dans lequel ma génération ne connait pas la misère extrême, ni la guerre, au contraire de mes grands-parents, qui ont vécu la Seconde Guerre Mondiale, la Guerre d’Algérie, et ont réellement commencé à travailler à plein temps à l’âge de 13 ans. Le contexte actuel en Europe joue évidemment sur le discours de ces gens, mais la campagne présidentielle de 2006 ne m’avait pas laissé un souvenir aussi brutal des valeurs de M. Sarkozy et de ces gens qui le soutiennent.

Il faut également souligner que cette « conversation » n’était pas filmée, ce qui a permis aux gens et à M. Sarkozy de s’affranchir du politiquement correct. C’est une chose de connaître le programme d’un homme politique, d’entendre un discours préfabriqué par une équipe de communication, filmé et retransmis à la télévision, mais c’en est une toute autre d’être présent lorsque les caméras ne tournent pas.

Finalement, j’ajouterai que N. Sarkozy ne parle pas anglais, ni aucune autre langue étrangère d’ailleurs. C’est un pur politicien, qui a étudié à SciencesPo sans jamais avoir obtenu son diplôme à cause de son très faible niveau d’anglais. Comment peut-on se trouver à l’étranger et parler de relations extérieures et de coopération internationale lorsqu’on a été/est Président d’un pays majeur de l’UE et qu’on ne parle aucune langue étrangère ? Comment peut-on même être désigné candidat d’un parti politique ? « Dear Mr. President, come take a walk with me »…

Je suis également ressorti de cet événement choqué et attristé pour l’Europe, car avoir peur pour la France, c’est avoir peur pour l’Europe. Cet exemple est, à mon sens, symptomatique de ce qu’il se passe en Hongrie, en Autriche, en Finlande, en Suède, en Allemagne, au Royaume-Uni, bref au sein de l’Union Européenne. Je suis un européen convaincu, mais comme beaucoup, j’ai été tenté de penser que l’Union Européenne – aussi belle l’initiative fut elle à l’origine – avait quelques défauts majeurs, comme ceux d’être abstraite et loin des préoccupations de ses citoyens. Cela revient littéralement à dire que l’Union européenne constitue le problème des citoyens. Il ne s’agit pas de nier cela, c’est en partie vrai. En partie seulement, car si on réfléchit au sens réel, il suffit de retourner la phrase, et cela donne : les citoyens constituent le problème de l’Union européenne. Un retournement en apparence simple, mais qui revient à dire toute autre chose : l’UE est-elle vraiment le problème ? Ou le problème vient-il plutôt des élites (politiques, économiques, etc.) qui dirigent directement ou indirectement les 28 pays membres de l’UE et l’UE en tant que telle, et des électeurs et professionnels qui portent ces élites vers les sommets – l’ensemble des citoyens, donc ? On pense toujours que le responsable, c’est l’autre, jamais soi-même. Mais la responsabilité est commune : nous, les électeurs, le monde professionnel, le peuple en somme, choisissons des élites que nous définissons nous-mêmes comme éloignées de nos préoccupations. Selon moi, le grand problème de l’UE n’est pas l’UE, ce sont les valeurs qu’incarnent ses citoyens.

L’UE, une association de pays par nature, ne peut donc qu’être le reflet de ce qu’il se passe dans ses pays membres. La véritable solution à court terme n’est pas de mettre en place des accords et de réformer des institutions que de toute façon personne ne peut comprendre sans posséder un Doctorat en économie, un Doctorat en droit et un Doctorat en langue anglaise (au minimum). Non, la véritable solution consiste à mettre des citoyens qui représentent la diversité de l’UE à la tête de ces institutions, et non pas des élites de naissance ou dans leurs valeurs – en d’autres termes, des élites qui méritent de faire partie des élites. Prenons l’italienne Federica Mogherini, à la tête de la diplomatie européenne : elle a un anglais limité (bien que son français soit plutôt bon, il faut lui reconnaître au moins cela), son équipe proche est strictement italienne (selon moi justement parce qu’elle n’est pas capable de travailler en anglais dans une équipe multilingue, alors même qu’on est dans une association de pays reconnaissant officiellement 24 langues), elle n’a aucune compétence/connaissance particulière en politique extérieure (six mois comme Ministre des Affaires étrangères d’Italie, really?!), et son blog personnel (qu’elle n’écrit probablement pas) se contente d’énumérer des faits sans une once de propositions ou d’engagement personnel. En résumé : une politicienne dans toute sa splendeur.

Un exemple récent : comment peut-on accepter l’accord passé entre l’UE et la Turquie au sujet des migrants lorsqu’on est à la tête des affaires étrangères de l’UE ?!? Il n’y a pas besoin d’être Haute Représentante de quoique ce soit pour s’apercevoir que les deux pages de cet accord impliquent le mépris et la violation systématiques des droits humains des hommes et femmes dont le seul tort et la seule différence avec nous Européens est de n’être pas nés dans un pays européen. Par contre, il faut connaître les règlements Dublin, les règles de l’Espace Schengen, le fonctionnement de l’agence Frontex, les contreparties exigées par la Turquie, etc. pour comprendre la portée de cet accord, qui confond vraisemblablement droits de l’homme avec commerce international et intérêts géostratégiques. Mais visiblement, les dirigeants européens/l’élite européenne n’en n’ont pas conscience – du moins je préfère le croire, car cela revient à faire d’eux des incapables plutôt que des monstres. Il en va également de même pour Donald Tusk, et surtout Jean-Claude Juncker (actuel Président de la Commission européenne, ancien Premier Ministre d’origine… luxembourgeoise, ce pays connu pour être un paradis fiscal, et maintenant impliqué dans le scandale « Luxleaks »). WTF ?!? Avant de pouvoir changer l’UE, il faut changer les pays et leurs valeurs.

L’UE de mes grands-parents, qui ne souhaitaient que vivre en paix et donner une meilleure vie à leurs enfants, a-t-elle disparu ? Je ne l’espère pas, car je souhaite la même chose six décennies plus tard. Selon le pape François, « l’âme de l’Europe, ce sont ses valeurs ». L’âme de l’Europe, ce n’est pas – plus – ses valeurs, c’est les idées et intérêts d’une poignée de privilégiés. Or, les valeurs ne se changent pas, mais les idées à l’origine de ces valeurs oui. Et l’origine, c’est l’ensemble des citoyens. Ce n’est ainsi pas une crise de confiance envers l’UE à laquelle nous assistons, c’est une crise de confiance envers les citoyens, ce qui apparaît paradoxal : en effet, comment un citoyen peut-il avoir une crise de confiance envers lui-même ? Cela fait mal, car cela revient à admettre une chose en particulier : que le problème, c’est notre voisin, que c’est notre mère, notre fils. En d’autres termes, c’est vous, c’est moi, c’est nous. Mais cela reste une bonne nouvelle, car je suis convaincu que beaucoup d’entre nous ont d’excellentes idées, et qu’il n’est pas trop tard pour changer les valeurs portées en haut de nos pays et de l’UE. Lorsque nous aurons compris que nous faisons tous partie du problème – et de la solution – l’UE ira mieux et pourra avancer en faisant honneur à sa devise « Unie dans la diversité ».