L’Union européenne et les Présidentielles 2017 en France

Populismes, austérité, immigration, chômage, corruption, terrorisme, Brexit : force est de constater que l’Union européenne (UE) apparaît en 2017 dans un sale état. Ses dirigeants et institutions sont incapables de mettre en place des réformes et de répondre aux préoccupations des citoyens. Mais cela serait trop facile de simplement blâmer l’UE puisque les dirigeants des États-membres font face aux mêmes difficultés et apparaissent eux-mêmes incapables de les régler, alors qu’ils possèdent souvent beaucoup plus de marge de manœuvre et de pouvoir que l’UE, contrairement à ce qu’ils font croire aux gens : en effet, les traités et le fonctionnement de l’UE sont définis par tous les États-membres, l’UE ne s’est pas imposée par la magie.

PrÉSIDENTIELLES 2017 FRANCE UELes citoyens de France et d’Allemagne, les deux pays les plus développés et les leaders de cette UE défaillante (en laissant de côté le Royaume-Uni), ont une chance importante, voire historique, d’exprimer leur opinion sur divers sujets en se rendant aux urnes en 2017. Et c’est bien cela l’enjeu des élections en France des 23 avril et 7 mai prochains : il faut être conscients que nous n’allons pas simplement voter pour un projet français. Ce vote aura des conséquences sur l’Europe et ainsi, sur le monde. J’insiste sur ce point : parfois, il faut savoir s’effacer pour le bien commun, car les conséquences de ce scrutin risquent fortement de nous dépasser si nous ne votons pas pour le bon projet, et d’avoir des conséquences dramatiques sur la France, l’Europe et le monde, qui par notre modèle sociétal actuel sont interdépendants. Alors, avant de penser à nos intérêts personnels et fondamentalement égoïstes, il faut prendre en compte un certain nombre d’autres paramètres qui ont trait à ce que nous voulons que l’Europe et le monde deviennent.

Pour cette raison, il me semble crucial d’initier un débat sur la place qu’occupe l’UE dans les différents projets des candidats. L’UE est un acteur mondial majeur et il convient ainsi de lui accorder la place et l’importance qu’elle a sur nos vies. Les accomplissements majeurs de l’UE, ce sont bien évidemment la paix et la démocratie. Voter pour l’UE, c’est voter pour une paix durable mais fragile, comme l’a montré l’histoire. Lorsque j’entends certains candidats dire que la Suisse s’en sort très bien sans faire partie de l’UE, cela me fait rire : il s’agit d’un pays minuscule entouré des pays les plus développés et stables de l’UE et du monde. Elle bénéficie donc avant tout du rayonnement de l’UE, mais elle ne possède aucune influence sur la scène internationale. Si l’UE n’avait pas existé, la Suisse n’aurait pas échappé aux guerres qui auraient probablement éclaté et ses habitants seraient beaucoup moins riches puisqu’ils ne bénéficieraient pas de la coopération avec l’UE. Il en va de même pour la Norvège, qui est également dans la sphère d’influence de l’UE. Il est donc objectivement impossible de nier que l’UE protège d’un point de vue sécuritaire, qu’elle octroie des possibilités commerciales et qu’elle permet à ses États-membres de jouer ensemble un rôle important sur la scène internationale.

Cependant, il ne s’agit pas non plus de nier que l’UE est en crise et que les citoyens réclament des changements qui tardent à arriver et qui, pour beaucoup, ne sont même pas du ressort de l’UE, qui est, nous le rappelons, une association de pays. La France, en tant que leader de cette association (de par sa taille, son poids économique, son poids démographique, etc.), a des responsabilités plus importantes que le Luxembourg ou la Suède, par exemple. C’est objectivement injuste, mais c’est comme ça. Alors, chers concitoyens français, lorsque vous vous rendrez aux urnes dans quelques jours, je ne vous demande qu’une chose : réfléchissez à ce que vous voulez que l’Europe et le monde deviennent, car cela vous concerne tout autant que la situation économique en France.

Pour vous aider dans votre choix, je vais compiler les visions des onze candidats aux élections sur l’UE et sur la place de la France dans cette UE et de celle de cette UE dans le monde, en les commentant le plus objectivement possible. Dans la mesure où la gauche est surreprésentée parmi les partis politiques desquels sont issus les candidats, cela en dit assez long sur le système et les priorités actuelles des français . Voici donc un résumé de leurs idées européennes :

Nicolas Dupont Aignan : il estime que la gravité du chômage en France est une situation créée par l’Union européenne. Il est par ailleurs convaincu que l’Allemagne dicte à l’UE ses politiques, ce qui revient à dire que l’Allemagne est la seule responsable de la débâcle de l’UE. Il propose ainsi une « Europe confédérale », dont trois ou quatre pays coopèreraient à la carte sur des grands projets, ce qui impliquerait une sortie préalable de l’UE.

Selon nous, cette vision est un véritable contresens : premièrement, contrairement à l’opinion générale largement induite par nos pays, l’Allemagne n’impose rien puisqu’une majorité de pays est toujours nécessaire à la prise de décision au sein de l’UE. Deuxièmement, une UE confédérale est un non-sens : soit quelques pays coopèrent à la carte, auquel cas il s’agit d’une simple coopération internationale entre pays, ce qui a toujours existé et n’a jamais protégé de la guerre ; soit il s’agit d’une union entre pays (ce qu’est actuellement l’UE), ce qui signifie que ces pays doivent obligatoirement abandonner des pouvoirs à cette union. Cela nous montre ainsi un manque de connaissances flagrant de l’UE et des relations internationales. Il faut par ailleurs se rendre compte que ceux qui prônent un Frexit (une sortie de la France de l’UE) nous mentent : on ne sortira pas de l’UE sans s’être préalablement prononcés lors d’un référendum populaire, car imposer à un peuple une décision aussi importante sans le consulter reviendrait à faire fi de la démocratie (=dictature).

Emmanuel Macron : le candidat le plus jeune prône une coopération accrue entre les États-membres de l’UE, ce qui reviendrait à plus de délégations de pouvoirs nationaux vers Bruxelles. Pour lui, l’UE rend plus fort et les marchés des pays membres constituent des débouchés pour l’économie française. Il convient également que, pour approfondir la construction européenne, il faut d’abord réformer les États-membres, qui seraient donc ainsi co-responsables de cette crise européenne.

Nous considérons que la vision de M. Macron est très idéaliste : prôner plus d’Europe, c’est faire complètement fi de la réalité. Or, si l’UE ne marche plus, c’est justement parce que beaucoup d’États-membres considèrent que l’Europe a trop de pouvoir sur les États-membres. Parler d’approfondir l’intégration européenne avant même d’avoir entrepris des réformes au niveau national et alors que beaucoup de pays s’y opposent est complètement irresponsable.

Par ailleurs, ajoutons que M. Macron a, de manière générale, une vision très élitiste dans son discours et semble plus concerné par le néolibéralisme (qui, en Amérique latine, est grandement responsable des inégalités sociales) et le libre-échange (il est en faveur du CETA et du TAFTA) – qui profitent surtout à une poignée de privilégiés comme lui – que par le peuple. Il est lui-même un économiste dont le parti politique est exclusivement financé par des dons privés (personnes morales, entreprises, banques). Ainsi, comment peut-il être indépendant de ces entreprises, sans lesquelles il n’existerait pas, et comment peut-il réformer l’UE, dont l’un des grands problèmes actuels est précisément la corruption, la collusion entre le public et le privé et l’élitisme ?

Nathalie Arthaud : elle est pour l’ouverture des frontières. Elle dit clairement que l’UE n’est pas responsable de tous les maux des États-membres. Elle voit dans le populisme un danger qu’il faut stopper, qui dresse les peuples européens les uns contre les autres, et qui empêcherait les travailleurs qui en ont besoin d’être mobiles dans l’Europe.

Mme. Arthaud semble avoir conscience du fait que l’UE n’est pas un problème qu’il faut absolument éliminer. Elle semble comprendre ses bienfaits, ce qui est déjà positif. Cependant, elle n’a aucun plan pour l’UE et aucune vision pour son futur, ce qui constitue un véritable problème : l’UE a besoin de changer et Mme. Arthaud ne propose rien pour la sortir de la crise. Sa conception de l’UE semble trop radicale : tout n’est pas noir, mais tout n’est pas blanc non plus.

Jean-Luc Mélenchon : pour J-L.M, l’UE dicte aux États-membres leurs politiques et la solidarité qui en découle empêche les États de décider de leur sort. Il ne met donc pas en cause la raison d’être de l’UE, mais les traités européens, pourtant rappelons-le négociés et signés par les Présidents des États. Il souhaite donc avant tout renégocier les traités européens et, si cela n’est pas possible, sortir de l’UE.

Soulignons ici qu’une renégociation des traités européens (qui est déjà un non-sens étant donné qu’on ne peut pas modifier les traités, même si on peut en faire un autre abrogeant les précédents, les mots ont un sens) est extrêmement compliqué dans la mesure où il faudrait que les 27 États-membres soient d’accord. Or, cette volonté a déjà été émise par certains États et aucun consensus ne s’est dégagé en ce sens. Cela est donc très compliqué. Par ailleurs, à l’instar de beaucoup de candidats, M. Mélenchon oublie dans le cadre de son « plan B » qu’avant de parler d’une sortie de l’UE, il faudra d’abord que le peuple français se prononce sur la question. Que fera M. Mélenchon lorsque les autres États-membres auront refusé de mettre en place un nouveau traité et si le peuple français se prononce contre une sortie ?

Cependant, je pense personnellement que M. Mélenchon brandit la menace d’une sortie pour faire peur à l’UE et qu’il ne la souhaite pas réellement. S’il dit à ses partenaires : « Soit on met en place un autre traité, soit la France sort, les français sont d’accord dans la mesure où c’était ma promesse électorale », l’UE sera probablement obligée d’accéder à cette demande. M. Mélenchon me semble être un homme raisonnable et intelligent et si telle est sa stratégie, ce n’est pas forcément une mauvaise idée, c’est peut-être la seule pour faire pression sur l’ensemble des partenaires européens.

Jean Lassalle : M. Lassalle souhaite donner une compétence exclusive aux chefs d’États européens en matière d’UE (actuellement, les chefs d’États donnent les grandes lignes à suivre à l’UE et les Ministres, députés européens et autres fonctionnaires se chargent de la mise en place des mesures pour atteindre ces objectifs). Il souhaite également que la France, le second contributeur au budget européen, récupère plus d’argent, ce qui est totalement contraire au principe de solidarité de l’UE.

M. Lassalle s’engagerait donc sur la voie d’une réforme de l’UE et d’un renforcement des pouvoirs du Président de la République. A priori, cela pourrait être réalisable, mais il faudrait encore une fois que tous les États-membres soient d’accord avec cela, ce qui apparaît compliqué. Mais surtout, accroître les pouvoirs du Président et le laisser faire ce qu’il veut en matière européenne serait dangereux : faire taire l’opposition sur ces sujets n’est pas une solution, ni une option, la France n’est pas une dictature.

Marine Le Pen : comme nous le savons tous, Mme. Le Pen est fondamentalement protectionniste et donc, anti-européenne. Elle est également députée européenne, ce qui implique qu’elle connaît un peu mieux les rouages de l’UE que les autres candidats. Même si elle souhaite sortir de l’UE et de l’€uro, elle est lucide sur la manière : elle souhaite organiser un référendum populaire.

Le plan de Mme. Le Pen apparaît comme l’un des plus réalisables. Si les français se prononcent contre un Frexit, elle rendra la vie très difficile à Bruxelles pendant les cinq années de son mandat et l’UE se retrouvera ainsi paralysée, ce qui pourrait signer son arrêt de mort. En ce sens, son plan consiste à couler l’UE du mieux qu’elle peut. Elle voit la France comme une grande nation sans se rendre compte que seule, la France n’aurait pas de voix et de poids sur la scène internationale. C’est simple et net, mais extrêmement dangereux pour la France et pour la stabilité au sein de l’UE et dans le monde.

 

Benoît Hamon : il est conscient que l’UE n’est pas responsable de tous les problèmes de la France, mais qu’elle est en crise. Il n’exclut pas, dans le futur, de sortir de l’UE si elle continue dans cette voie, mais à court terme il est pour une réforme en profondeur de l’UE et pour une plus grande solidarité entre les peuples européens, basée sur le compromis. En bref, il est pour une véritable union des peuples. Il est également le seul à déclarer ouvertement que les élections en Allemagne (qui verront s’affronter Mme. Merkel, gardienne de l’austérité, et M. Schulz, ex-Président du Parlement européen, socialiste et foncièrement pro-européen) seront un facteur déterminant pour le futur de l’UE : soit Mme. Merkel sera élue et continuera à pousser pour plus d’austérité en Europe (au risque de propager un sentiment europhobe et germanophobe), soit M. Schulz deviendra Chancelier et sera en faveur d’une réforme de l’UE.

M. Hamon est le seul candidat qui semble à la fois être conscient qu’une sortie de l’UE serait une catastrophe et qu’il faut la réformer en commun, sans essayer d’imposer une vision unilatérale de la France, en prenant en compte les événements qui se déroulent dans les autres pays membres. Ses idées sont cependant similaires à celles de M. Hollande, qui n’a jamais réussi à faire accepter un consensus pour réformer l’UE.

Philippe Poutou : ouvrier de métier, il est contre le protectionnisme – ce qui peut paraître paradoxal. Il est convaincu que l’Europe protège et que l’austérité imposée par l’UE (sous l’impulsion des États-membres, nous le rappelons) n’a rien à voir avec la baisse des salaires et le chômage, qui ne sont pas le fait de Bruxelles mais des chefs d’entreprise : il nous invite donc à ne pas tout mélanger et à réfléchir sur notre modèle social national avant d’en rejeter la faute sur l’UE. Il veut par ailleurs abroger les traités européens pour mettre en place une nouvelle Europe, plus solidaire, plus égalitaire et moins corrompue.

M. Poutou a entièrement raison de souligner que ce n’est pas l’UE qui est responsable du chômage, des salaires et de la baisse du pouvoir d’achat des français puisqu’elle n’a strictement aucune compétence en la matière, les États-membres ne lui ont jamais transféré de pouvoirs en ce sens. Il s’agit d’une vision idéale de ce que doit être l’UE, mais irréaliste : il faudrait pour cela refondre le modèle économique de l’UE, ce qui ne semble pas être la volonté de beaucoup de pays. M. Poutou n’a donc aucune idée de comment atteindre cet objectif, et pour cause : il semble utopiste.

François Fillon : Il fait partie des candidats qui voient dans l’UE une nécessité pour répondre aux grandes puissances actuelles que sont les États-Unis, la Russie et la Chine, qui sont des pays beaucoup plus grands et peuplés que la France. En tant que pays, la France n’a donc aucune chance de peser internationalement. Il se prononce pour une réforme de l’UE, trop bureaucratique et éparpillée, afin de la recentrer sur des objectifs stratégiques d’intérêt commun (renforcement de la monnaie unique, numérique, défense). Il est par ailleurs pour un renforcement de la solidarité entre les pays les plus riches et les plus pauvres de l’UE et pour la libre-circulation des travailleurs. Un autre point important : il est pour la baisse des dépenses publiques et l’austérité imposée par l’UE (dette <3% du PIB).

Mettre en perspective la France par rapport aux grandes puissances mondiales constitue une raison d’être de l’UE : sans l’UE, les États-Membres seraient mineurs sur la scène internationale et seraient laissés sans défense. Il a également raison sur la nécessité de redonner une ligne de mire à l’UE et d’arrêter de dépenser une grande partie de son énergie sur des détails dont tout le monde se moque. En matière d’austérité cependant, il faut bien comprendre que cela pèse surtout sur les foyers les plus modestes (santé, éducation, retraites, etc.). De plus, si Mme. Merkel venait à être réélue en Allemagne, le couple franco-allemand signerait probablement l’arrêt de mort de l’Europe. Il faut en outre rappeler que M. Fillon a fait accepter le Traité de Lisbonne par le Parlement alors même que les français s’étaient prononcés en 2005 contre ce traité lors d’un référendum populaire. Peut-on réellement lui faire confiance étant donné qu’il a une certaine tendance à faire fi de la démocratie lorsque cela l’arrange et qu’il prône l’austérité ?

Jacques Cheminade : Il considère que le véritable problème de l’UE, ce sont les lobbies et les capitalistes. Il se prononce donc contre l’€uro et pour une sortie de cette Europe-là, tout en soulignant qu’il souhaite refonder une nouvelle UE, basée sur la collaboration d’États souverains sur de grands projets et travaillant véritablement pour les peuples, en changeant le modèle économique actuel. Pas de délégations de pouvoirs vers Bruxelles, en somme.

Premièrement, pour sortir de l’UE et pour en recréer une nouvelle, il faut deux choses : tout d’abord que le peuple français se prononce pour un Frexit lors d’un référendum, et ensuite que les 26 autres États-Membres fassent de même – ou du moins une partie afin de construire une Europe avec moins de partenaires. Il faut ensuite que ces pays choisissent un modèle européen, économique et social similaire. Cela fait donc beaucoup de spéculations et peu de garanties : c’est bien beau d’avoir des idéaux, mais encore faut-il pouvoir les mettre en place. Or, M. Cheminade ne semble pas être conscient du chemin à parcourir, ni du fait que sa vision de l’Europe est substantiellement beaucoup plus conditionnée par le bon-vouloir d’autres pays que de celui de la France.

François Asselineau : il semble être le candidat le plus europhobe. Pour lui, la totalité des problèmes de la France sont le fait de Bruxelles. Il est cependant conscient que pour mettre en place un nouveau traité européen, il faut l’unanimité des 27 États-membres, et que cela est très complexe. Il propose donc un Frexit, sans pour autant parler de référendum.

Vouloir sortir de l’UE est une chose, mais l’imposer sans vote populaire en est une toute autre. On ne peut pas imposer à un peuple entier une décision aussi brutale sur un sujet aussi vital sans le consulter. Encore une fois, nous ne sommes pas dans une dictature. Une sortie de la France de l’UE serait de plus un désastre total pour notre économie, notre sécurité, etc.

Même si l’UE n’est pas parfaite, il faut être conscient qu’elle nous protège et qu’elle nous rend plus fort en tant que pays. En sortir ne résoudra pas nos problèmes internes, qui relèvent avant tout des politiques nationales. Lui gâcher la vie n’est pas non plus une solution car, faute de soutien, elle s’écroulerait. Il faut par ailleurs se rendre compte que ceux qui déclarent que la France sortira de l’UE s’ils sont élus nous mentent : on ne sortira pas de l’UE sans s’être préalablement prononcés lors d’un référendum – et je ne pense pas que les français voteraient pour une sortie – puisqu’imposer une sortie serait anti-démocratique. La seule solution viable, et je le dis de manière objective, ce sont les réformes, c’est un nouveau traité, c’est une vision réaliste de l’Europe, de ses forces et ses faiblesses et de ses raisons d’être, ce qui, je vous l’accorde, demanderait beaucoup d’intelligence, de travail, de convictions, de consensus et de diplomatie. On peut diverger sur la nécessité de moins d’Europe, de plus d’Europe ou d’une Europe qui se réoriente sur des grands objectifs communs, mais on ne peut pas nier qu’il nous faut de l’Europe.

Personnellement, je ne souhaite pas me retrouver à devoir expliquer à mes enfants qu’ils vont devoir partir à la guerre pour massacrer des allemands et se faire massacrer par des italiens simplement parce que leurs parents auront préféré voter pour leur portefeuille plutôt que pour la paix lorsqu’ils en auront eu l’occasion, avant de se rendre compte qu’il se seront fait flouer.

Pour finir, chers concitoyens français, je vous invite à voter pour un candidat ayant réfléchi à ce que seraient la France et le monde sans l’existence d’un acteur comme l’UE. La paix et la démocratie dans le monde (ce qui inclut bien évidemment la France) sont en jeu lors de ces élections. Sachez que si l’UE coule, la France et le monde couleront avec. Parfois, le bien personnel et le bien commun se rejoignent, et c’est bel est bien dans l’UE qu’ils se rejoignent actuellement.

Ein Brief an… Angela Merkel, die letzte bemerkenswerte Staatsoberhaupt der EU

Die europäische Union ist eine Union von Völkern, die zugleich viel und wenig in gemeinsam haben. Viel, denn ihr Alltag ist ähnlich und ihre Geschichte untrennbar. Wenig, denn jedes dieser kleinen Länder besitzt seine eigene Kultur, seine eigene Sprache und daher auch seine eigenen Spezifitäten. Im Laufe des letzten Jahrhunderts hat Deutschland viel gelitten. Es hat es verdient und bezahlt dafür immer noch den Preis. Es wurde jedoch dazu fähig, sich allmählich wieder zu erheben und seinen Platz in der heutigen Welt zu finden. Heutzutage sind die jungen Deutschen, die ich kenne, keine kriegslustigen Menschen. Sie sind einfach nur junge Menschen, wie man sie europaweit findet. Und die jungen Menschen durchaus der EU nehmen diesen jungen Deutschen keineswegs übel.

Meine Großeltern – die immer noch leben – haben den Krieg erlebt. Sie haben verzogen. Als ich begonnen habe, Deutsch zu lernen, haben sie mir gesagt „Wenn es dich glücklich macht, dann sind wir auch glücklich“. Sie vergessen nicht, aber sie sind sich auch daran bewusst, die heutigen und künftigen Generationen sollen in keinem Fall das Gewicht der Vergangenheit auf seinen Schultern tragen. Die haben sogar Deutschland und Österreich besucht, insofern als sie dort in den 90er im Urlaub gefahren sind.

Auf meiner Seite habe ich Deutsch weiter gelernt, zuerst im Collège, dann im Gymnasium und dann an der Uni. Die Möglichkeit – die Chance – habe ich sogar gehabt, in Deutschland mit dem DAAD und in Österreich mit Erasmus zu studieren, durch die Welt zu reisen und viele junge Deutsche kennenzulernen.  Auch wenn unsere Charaktere etwas verschieden sind, sind wir trotzdem kulturell ziemlich ähnlich. Ich bin außerdem blond, habe blaue Augen und bin sehr weiß, sodass viele Leute es beim ersten Anblick glauben, ich sei Deutsch. Aber bevor ich Französisch oder Deutsch bin, bin ich einfach ein junger Mensch, der Fremdsprachen kann. In Europa handelt es sich in meinen Augen davon. Täglich stehen wir mit aus anderen Ländern jungen Menschen in Verbindung, und wir denken daran nichts: es ist ganz normal geworden. Wir sind daran gewöhnt, wir werden Freunde, als ob wir aus demselben Land kamen – zumindest diejenigen, die die Möglichkeit gehabt haben, zu verreisen, im Ausland zu studieren, Fremdsprachen zu lernen. Wir nehmen einen Autobus, einen Zug oder einen Flugzeug kontrolllos. Grenzenlos. Wir befinden uns in einem anderen Land ohne Barriere. Wir verlassen uns aufeinander. Alles scheint, in Ordnung zu sein.

Aber das stimmt doch nicht. Die EU macht eine Krise durch. Und wenn die EU eine Krise durchmacht, dann sind unsere Führer daran schuld. Ebenso nationale wie europäische Führer, die dazu unfähig sind, sich miteinander zu einigen. Denn wir, die jungen Franzosen, Deutschen, Österreicher, Tschechen, Griechen, Engländer, Letten, usw. sind oft miteinander einverstanden und solidarisch. Das heißt, das Problem kommt von den „alten“ und den führenden Klassen.

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Ich habe die modernen deutschen Bundeskanzler immer bewundert: Kohl, Schmidt, Schröder und Sie, Frau Merkel. Besonders Sie, denn sie sind am Ruder, seit ich das Alter habe, mich für die Politik und die EU zu interessieren. Sie sind nach dem „goldenen Alter“ der EU am Ruder angekommen, nach der Einsetzung des gemeinsamen Binnenmarkts, des Schengen-Raums, Erasmus, der gemeinsamen Währung, usw. Anders gesagt: nach Konzepten, die für einige gebeutelt sind, wozu die Krisen der Subprimes 2007, der Arbeitslosigkeit, des Brexits, der illegalen Immigration, des Populismus und Griechenlands, sich hinzufügen.

Als Zugpferd der EU erwartet man viel von Deutschland und von Ihnen. Man erwartet, dass Sie dieses sinkende Boot retten. Und wenn ein Problem nicht sofort gelöst wird oder ein neues vorkommt, dann wird Ihnen die Schuld gegeben. Die EU gibt Ihnen die Schuld, denn Sie würden sie verwenden, um die Interessen Ihres eigenen Lands wahrzunehmen. Die anderen europäischen Staatschefs lassen es sagen, das passt Ihnen immerhin. Auf diese Weise sollen sie keinen Verantwortungsstück auf seinen Schultern tragen, was das heutige Debakel der EU betrifft, auch wenn sie sich verweigern, mutige Entscheidungen zu treffen. Und Ihr Beliebtheitswert sinkt – zugleich Europaweit und innerhalb von Ihrem eigenen Land. Das Thema besteht aber doch darin, die Probleme Deutschlands sind die Probleme Europas. Die Probleme Frankreichs sind die Probleme Europas. Die Probleme Ungarn sind ebenfalls die Probleme Europas. Usw. Und die können nur durch EU-Konsens gelöst werden, das müssen wir alle verstehen. Ohne Konsens werden keine Lösungen auftauchen, und Probleme sammeln sich also an, denn es gibt oft keinen Konsens. Die Probleme der 28 – 27 wie Sie es in Ihren Reden schon sagen – können Sie nicht alleine lösen. Ich bin mit den von Ihnen vorgeschlagenen Lösungen nicht immer einverstanden, aber ich respektiere sie, weil Sie wahrscheinlich die einzige Staatsoberhaupt sind, deren Vorschläge hieb-und stichfest sind. Die Sparpolitik in Europa, die „Bereinigung“ der griechischen Krise, etc. wurden zwar von Ihnen vorgeschlagen und unter Ihrem Druck festgelegen, aber am Ende hat sie die ganze EU akzeptiert. Das war doch ein Konsens und auf keinen Fall eine unilaterale Entscheidung. Wieso wurden diese Ideen akzeptiert? Weil die anderen Führer keine andere Idee oder keinen anderen Plan hatten. Und das wird Ihnen unter der Wahrung vorgeworfen, es sind unbeliebte Entscheidungen. Die Wahrheit ist aber doch, alle verstecken sich hinter Ihnen.

Man sagt, Sie seien gefühlskalt und unsensibel. Wenn ich mich Ihre Reden anschaue, dann sehe ich zuerst und vor allem eine von den Verantwortungen gezeichnete, erschöpfte Frau. Ich sehe eine vernünftige, vernunftbegabte Frau, die Überzeugungen hat. Ich sehe eine Wissenschaftlerin. Ich sehe eine strenge Frau, die sich bemüht. Ich sehe eine ehrliche, diskrete Frau. Ich sehe eine fleißige Frau, die ihren Besten gibt. Kurz gefasst: ich sehe einen Mensch, der (zu) viele Verantwortungen hat. Gefühlskalt? Vielleicht, vielleicht nicht. Und dann?

Wer ich außerdem nicht sehe, ist eine Frau, die ihr ganzes Leben davon geträumt hat, Bundeskanzlerin zu werden. Ich sehe keinen persönlichen Ehrgeiz in Ihrem Tun – ganz im Gegenteil zu vielen Führern der Mitgliedstaaten und der EU-Institutionen. Ich sehe keine Frau, die korrupt aussieht, am Geld interessiert ist und vom Privatsektor gedungen ist. Ich sehe keine Elitedenkerin. Kurz gesagt: ich sehe keine Politikerin. Und das ist ganz genau, was ich in Ihnen mag, was in meinen Augen Ihre Sympathie macht: oft reicht es, dass ein Staatschef kein ausgebildeter Politiker ist, damit wir ihn mögen. Denn Politiker haben heutzutage einen schlechten Ruf: sie sind alles, was Sie nicht sind, und sie sind nichts, was Sie sind. Also ja, ich bewundere Sie, ich vertraue Ihnen. Ich bewundere Ihren Mut, Ihre Menschlichkeit, Ihren Humanismus, dass Sie die Tür vor der Nase der Migranten nicht geknallt haben, dass Sie sich eines anderen belehren lassen, dass Sie sich nicht aufblasen lassen, wenn Sie eine Wohltat begehen.

Im Moment sind Sie meiner Meinung nach der einzige Führer, der wirklich europäisch ist. Ich glaube sogar, viele junge Europäer sind derselben Meinung. Und ich glaube auch, es ist wichtig, es zu betonen – oder wenigstens, die Leuten daran zu erinnern. Es ist wichtig, dass wir, die europäische Jugendlichkeit, uns bei Ihnen für Ihre Arbeit zu Gunsten von uns allen bedanken. Wir haben die nationalen Staatschefs, die die EU wegen ihrer heimischen Probleme ständig zurechtweisen und die europäischen Führern, die die Mitgliedsstaaten wegen ihrer Funktionsstörungen ständig zurechtweisen, satt, weil sie einfach keine Lösung finden können. Ich wende mich daher an Sie, Frau Merkel, nicht als junger Franzose, sondern als junger Europäer: vielen Dank. Vielen Dank für alles, was Sie machen, denn ohne Sie wäre die EU schon längst im Wasser versunken. Ich träume von einer EU, die ihre Werte nicht leugnen würde, die gerecht wäre, in der alle dieselben Möglichkeiten hätten. Sie ist im Moment leider sehr weit von diesem Ideal entfernt.  Aber ich bin ein Europäer. Sie sind eine Europäerin. Wir sind alle Europäer und Europäerinnen. Wir müssen uns daran bewusst sein.

Es ist mir schon klar, ich habe kein Recht, Sie das zu fragen, aber das mache ich trotzdem: kämpfen Sie um die EU fort, lassen Sie uns nicht zurück. Halten Sie sich die Treue, halten Sie den europäischen Werten die Treue – vielleicht doch mit weniger restriktiver EU-Haushaltspolitik! Mit der Wahl von Donald Trump sehen wir gerade schon bei einem anderen Weltordnungsentwurf zu: die Vereinigten Staaten, das Vereinigte Königsreich, Israel, Russland und China verstehen sich ganz gut. Es gibt Chaos im Mittleren Osten. Die EU soll auf jeden Preis solidarisch sein. Die Mitgliedsstaaten können es sich nicht leisten, alleine zu sein: wir sind einfach zu klein. Wir müssen uns auch verstehen und solidarisch sein, uns aufeinander verlassen können. Wir brauchen Einheit. Das wäre im Übrigen keine schlechte Idee, unsere Kooperation mit Lateinamerika und der Karibik zu vertiefen, insofern als sie in der Einflusssphäre der Vereinigten Staaten wahrscheinlich nicht längst bleiben werden.

Ich weiß ja, eine Ermunterungsbotschaft kann sich als rettend erweisen. Nun aber neigen wir dazu, es zu vergessen, dass sogar ein Staatsoberhaupt ab und an eine solche Botschaft brauchen kann. Sie, Frau Merkel, verkörpern die Seele der EU und das verdient, dass wir, die EU-Bürger, es erkennen.

Verzeihen Sie mir mein Deutsch – ich habe fast kein Deutsch in den letzten acht Jahren gesprochen – aber ich habe mein Bestes getan, genauso wie Sie.

Laurent, ein überzeugter Europäer